La ville en imagerie numérique

Les nouvelles technologies transforment la façon dont nous imaginons et comprenons l’environnement urbain. Le 4 décembre, le Labo d’urbanisme de la CCN s'est associé à l’école d’architecture et d’urbanisme Azrieli de l’Université Carleton afin d’examiner de nouvelles dimensions de visualisation dans les domaines de l’urbanisme, du paysage et du design.

Labo : La ville en imagerie numérique

Soyez des nôtres pour explorer de nouvelles dimensions de recherche et de visualisation dans les domaines de l’urbanisme, du paysage et du design.

Trois experts du domaine présenteront une perspective unique sur la façon dont les technologies d’imagerie façonnent nos villes.

  • Fadi Masoud, chargé d’enseignement, faculté d’architecture, d’aménagement paysager et de design John H. Daniels, Université de Toronto
  • Emma Greer, gestionnaire de projets et architecte principale, Carlo Ratti Associati
  • Stephen Fai, chargé d’enseignement, école d’architecture et d’urbanisme Azrieli, Université Carleton, et directeur, Carleton Immersive Media Studio (CIMS)

Moderniser les outils d’imagerie désuets

Fadi Masoud est chargé d’enseignement en architecture du paysage et en urbanisme à l’Université de Toronto. Planificateur et architecte paysager de formation, il met à profit son expertise pour redéfinir et moderniser les outils d’imagerie.

Les plans de zonage constituent l’un des outils d’imagerie les plus importants. Il s’agit de documents juridiques produits par les municipalités pour indiquer quels usages sont permis dans les différents secteurs de la ville. Utilisés depuis les années 1920, ces outils désuets (en anglais seulement) nuisent parfois à la prise de décisions en matière de planification pour diverses raisons : 

  • Ils sont réducteurs, car ils font appel à des couleurs primaires pour définir des zones complexes de la ville.
  • Ils ne tiennent pas compte des conditions environnementales dynamiques.
  • Leur mise à jour et leur modification demandent beaucoup d’efforts.
  • On utilise les mêmes plans de zonage pour décrire des endroits complètement différents.

L’état des villes n’est pas statique. Selon M. Masoud, nous ne devrions pas fonder nos décisions de planification sur de vieilles données, car cela entraînera des problèmes.

Inondations dans le sud de la Floride

De nouvelles technologies d’imagerie aident les planificateurs à créer des plans de zonage plus précis et fluides. M. Masoud travaille à un projet (en anglais seulement) avec des collaborateurs du MIT’s Urban Risk Lab (en anglais seulement) pour sensibiliser les gens aux effets des changements climatiques sur le développement urbain et la conception des villes. Il axe ses travaux sur le comté de Broward, situé dans le sud de la Floride, une zone très vulnérable aux inondations. La croissance rapide de la population de la région ajoute une pression sur son environnement déjà fragile.

En vue de réduire ces pressions, l’équipe se tourne vers de nouveaux outils pour aider la municipalité à prendre des décisions quant à la façon dont devrait croître la ville et aux endroits vers où orienter cette croissance. En actualisant les plans de zonage pour y inclure de nouvelles couches de données, comme les changements dans les niveaux d’eau souterraine et la perméabilité du sol, ils peuvent prendre des décisions éclairées concernant les secteurs du comté qui pourront être densifiés, les endroits où seront aménagés des espaces ouverts pour le loisir et le stockage de l’eau et les endroits qui devraient être évités en raison du risque accru d’inondation.

M. Masoud souligne que cette étude de cas visant à tenir compte des aspects environnementaux liés à la résilience et à l’adaptation aux changements climatiques dans les codes de planification urbaine peut être adaptée à n’importe quelle ville ou municipalité nord‑américaine.

Avantages des données dynamiques

Un des principaux avantages de ces nouvelles technologies d’imagerie est qu’elles permettent au public de jouer un rôle actif et en connaissance de cause dans le processus décisionnel. Comme il peut visualiser les données de manière conviviale et en temps réel, le public peut mieux comprendre pourquoi les décisions de planification fondées sur des raisons environnementales sont prises.

Il cite en exemple le projet des Lower Don Lands (en anglais seulement) dans le cadre duquel on a tenu compte des inondations causées par la rivière Don et de l’offre d’espaces ouverts comme paramètre clé dans l’établissement du secteur. Le public a participé à toutes les étapes du processus, du concours à la construction.

Le projet Lower Don Lands

Le projet Lower Don Lands (Waterfront Toronto)

Selon M. Masoud, les plateformes d’imagerie utilisées pour les villes, qui tiennent compte des données dynamiques, deviendront la nouvelle norme pour les décideurs qui façonnent les villes.

Données dynamiques Windy.com

Données dynamiques Windy.com

Imaginer des scénarios d’avenir

L’architecte canadienne Emma Greer travaille chez Carlo Ratti Associati (en anglais seulement), un studio d’architecture et d’innovation installé à Turin, en Italie, ainsi qu’à New York. Ce studio réunit des professionnels créatifs qui s’intéressent à l’influence de l’innovation et des tendances technologiques sur nos villes. Il contribue à la création de villes et d’immeubles intelligents par l’élaboration de projets de conception novateurs, fusionnant l’architecture et l’urbanisme aux technologies numériques de pointe.

Mme Greer décrit les technologies d’imagerie comme des moyens d’imaginer des projets qui permettent de lancer la discussion. Elle affirme qu’il est important de rendre ces projets tangibles pour les gens, afin qu’ils puissent donner leur avis. Ses collègues et elles font appel à l’externalisation ouverte pour créer les villes de l’avenir. Voici des exemples de tendances qui stimulent l’imagination des architectes et des concepteurs des villes :

Les voitures autonomes et les services d’autopartage, qui impliquent qu’il y aura moins de voitures sur les routes et que les besoins en stationnement seront réduits. Il faut tenir compte de ce scénario d’avenir lorsqu’on conçoit des espaces de stationnement aujourd’hui. Il est difficile de transformer les stationnements traditionnels en raison de leur faible hauteur sous plafond et des rampes qu’ils comportent. Les concepteurs et les architectes doivent imaginer et mettre en image la façon dont ces espaces seront réaménagés dans l’avenir. Singapour (en anglais seulement) met déjà de côté des terrains de stationnement en vue d’y construire des espaces à bureaux, des unités résidentielles et des espaces pour la tenue d’événements.

L’économie du partage est en plein essor (en anglais seulement), et les gens qui adhèrent à cette vision sont à la recherche de nouvelles façons d’échanger des idées et des biens. Carlo Ratti Associati a entrepris de transformer une ancienne base militaire américaine située en Allemagne en une commune (municipalité) fondée sur l’économie du partage (en anglais seulement). Selon Mme Greer, les entrepreneurs qui bâtissent la commune pratiqueront l’économie du partage à l’échelle urbaine et en profiteront.

Elle explique qu’il était difficile pour les gens d’imaginer qu’une nouvelle vocation pouvait être donnée aux anciens baraquements, laissés vacants en 2013. Elle et ses collègues ont donc utilisé des rendus d’architecture pour aider les citoyens et la municipalité à voir le potentiel de ce lieu unique. Non seulement le concept a attiré l’intérêt des investisseurs, mais en plus la boîte de courriel de la firme s’est remplie de demandes d’entrepreneurs qui souhaitaient s’installer dans la nouvelle commune.

Les mégadonnées influencent les projets de conception et l’avenir de nos villes. Compte tenu du nombre croissant de capteurs et d’appareils électroniques portatifs, on assiste à l’émergence d’une nouvelle approche pour étudier l’environnement bâti. Les façons de décrire et de comprendre les villes se transforment radicalement. Grâce à cette information en temps réel, les urbanistes et les architectes créent des immeubles plus adaptés. Les projets visant à contrôler la consommation d’énergie et les conditions ambiantes permettront de relier le chauffage, la climatisation et l’éclairage aux déplacements des personnes. Ils seront particulièrement utiles dans les lieux publics extérieurs de villes comme Dubaï, où les gens passent une grande partie de leur temps à l’intérieur en raison de la chaleur.

Mme Greer souligne que les données peuvent servir à créer des immeubles qui interagissent et échangent avec les gens. Carlo Ratti Associati a conçu le Future Food District (secteur alimentaire de l’avenir – en anglais seulement) pour l’Expo Milano 2015 afin de démontrer comment les technologies peuvent changer la façon dont les consommateurs et les aliments interagissent. Imaginez la scène suivante : vous êtes au supermarché et vous prenez un morceau de fromage en prévision du souper de ce soir. L’espace qui vous entoure s’anime alors pour vous fournir des renseignements sur le produit et vous recommander des accords de vins.

Le Future Food District

Le Future Food District (Carlo Ratti Associati)

Les villes durables réunissent systèmes biologiques et environnements urbains. Carlo Ratti Associati a présenté quelques pratiques exemplaires à l’Expo for Design, Innovation & Technology (EDIT) de Toronto afin d’amener les gens à réfléchir à la question suivante : Et si nous pouvions fusionner le vert et le gris (en anglais seulement)?

The Green and The Grey Exhibition

The Green and The Grey Exhibition (Carlo Ratti Associati)

Mobiliser l’imagination par l’imagerie

Stephen Fai est chargé d’enseignement à l’école d’architecture et d’urbanisme Azrieli de l’Université Carleton et directeur du Carleton Immersive Media Studio (CIMS – en anglais seulement), un centre de recherche voué à l’étude avancée de l’innovation en architecture.

Au cours des 10 dernières années, M. Fai et son équipe ont acquis une réputation internationale en modélisation de l’information dans le domaine de la conservation et de la restauration architecturales. Ils utilisent de nouvelles technologies pour améliorer les pratiques traditionnelles, notamment les simulations d’éclairage et du rendement énergétique des immeubles ainsi que les technologies de modélisation et de fabrication numériques, comme l’impression 3D et la robotique.

Fabrication numérique

sculpture d'une feuilles d’érable

Sculpture d'une feuilles d’érable (Sénat du Canada)

M. Fai explique qu’en transposant le monde dans lequel nous vivons à l’intérieur de l’ordinateur, la fabrication numérique nous permet de manipuler les données de diverses façons. Le CIMS collabore avec le sculpteur du Dominion Phil White à un motif décoratif destiné à la nouvelle salle du Sénat. L’artiste a sculpté une série de feuilles d’érable à la main dans de la mousse de haute densité, que le CIMS a numérisée au moyen d’un lecteur laser. Les modèles numériques lui ont permis de manipuler la sculpture originale en adaptant la taille et la profondeur des marques d’outils du sculpteur et de les reproduire numériquement. Cette méthode a permis de simplifier grandement le processus employé par M. White, car il n’a qu’à réaliser la sculpture une seule fois.

Récits numériques

Selon M. Fai, si vous montrez quelque chose à quelqu’un, vous pourrez mobiliser son imagination. Si vous essayez de lui décrire cette chose, la personne établira un lien avec ce qu’elle a déjà vu. Ainsi, lorsqu’il entame un projet, M. Fai crée toujours une maquette afin que les gens puissent vraiment voir ce qu’il décrit.     

Ses étudiants et lui utilisent des applications Web et la réalité virtuelle augmentée pour raconter l’histoire patrimoniale et la rendre accessible au public. La visite virtuelle du Sénat créée par le CIMS constitue un excellent exemple de cette approche. On y présente des œuvres d’art et des éléments architecturaux du foyer, de l’antichambre et de la chambre du Sénat.

La visite virtuelle du Sénat créée par le CIMS

La visite virtuelle du Sénat créée par le CIMS (Université Carleton)

Le CIMS a aussi travaillé à des projets à grande échelle, dont celui de Batawa (en anglais seulement), une agglomération de 600 hectares. M. Fai et son équipe ont aidé Sonja Bata, de l’ancienne compagnie de chaussures Bata, à réaménager ce secteur au passé industriel (en anglais seulement) en un quartier écoresponsable. Ils ont numérisé le secteur et créé des modèles 3D des immeubles de Mme Bata pour présenter une image passée, actuelle et future de Batawa. En démontrant à quoi les lieux pourraient ressembler, des investisseurs et des acheteurs potentiels ont commencé à montrer de l’intérêt pour le projet.


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