Les villes de l’avenir : l’urbanisme centré sur l’être humain grâce à la technologie

Je me suis engagé dans Sidewalk Labs en 2015 — alors qu’on ignorait que le projet viendrait à Toronto. À New York, j’ai participé à un groupe de réflexion composé d’urbanistes et de technologues qui s’étaient réunis pour faire du remue-méninges et explorer le potentiel des nouvelles technologies pour améliorer la qualité de vie en milieu urbain.

la technologie

Source: Sidewalk Labs

L’urbanisme centré sur l’être humain

Pendant ces conservations initiales, on sentait beaucoup d’enthousiasme quant aux possibilités, enthousiasme qui était aussi tempéré par le sain scepticisme de quelques personnes autour de la table par rapport au nombre de questions sensibles, dont celles de la confidentialité des données, leur appartenance et leur utilisation. Même si je partageais ce sentiment d’anticipation positive, l’une de mes préoccupations était et demeure ce que ces technologies font et ne font pas pour l’interaction humaine.

Comment pouvons-nous utiliser ces avancées technologiques à notre avantage sans subir des conséquences involontaires et indésirables? Comment la technologie affecte-t-elle la façon dont les êtres humains interagissent?

L’adoption sans réserve de l’automobile après la Seconde Guerre mondiale est un excellent exemple des conséquences involontaires de la technologie. Les gens n’avaient pas prévu à quel point la dépendance à l’automobile nous séparerait physiquement et socialement. Ils n’avaient pas non plus réfléchi aux effets de la sédentarité sur notre santé. Ces leçons nous apprennent, à mesure que nous progressons, que nous devons être plus sélectifs quant à l’usage de la technologie.

La popularité grandissante du commerce électronique est un exemple plus moderne. La technologie remplace déjà le magasinage dans les commerces de détail. Les gens peuvent être chez eux et commander presque tous les biens et services dont ils ont besoin sans quitter leur salon. Essentiellement, cela pourrait éliminer toute interaction humaine autour de l’expérience sociale commune de la « rue principale ».

Mais la consommation de biens et services est-elle la seule fonction des boutiques, des cafés et des restaurants, ou y a-t-il une autre dimension à devoir composer avec le partage des lieux publics? Dans ces circonstances, comment profiter du côté pratique des séduisantes nouvelles technologies sans nous isoler?

boutiques

Source: Sidewalk Labs

Solutions innovantes

Mes collègues et moi étudions la mise en place de solutions innovantes à certains des plus grands problèmes auxquels les villes sont confrontées. Voici quelques exemples :

Gestion des déchets

Nous vivons dans un monde où des camions à ordures lourds et encombrants parcourent les rues de nos villes. Le recyclage prend aussi beaucoup de place et peut être passablement inefficace. Bref, il y a beaucoup de perte dans notre façon de gérer les déchets. Selon la Banque mondiale, la quantité de déchets produits dans les villes du monde entier devrait atteindre 2,2 milliards de tonnes par année d’ici 2015.

 

Singapour recyclage

Usine de gestion des déchets de Singapour. Source: KEPPEL CORP.

De nombreuses villes se servent déjà de la technologie pour mieux gérer leurs déchets. Singapour est un exemple que d’autres villes cherchent à imiter. La Ville envoie seulement 2 % de ses déchets solides au site d’enfouissement. Le reste est recyclé ou brûlé pour produire de l’électricité.

Mobilité

Le nombre croissant de gens qui vivent au centre-ville fait en sorte que les villes doivent explorer plus d’options de transport complémentaires au transport public existant et au transport actif pour rendre les déplacements plus abordables, sécuritaires et pratiques que de dépendre des véhicules motorisés privés. Nous explorerons des exemples de flottes de véhicules et d’autobus autonomes ainsi que des solutions innovantes pour les piétons et les cyclistes.

L’un de mes exemples favoris d’innovation en transport se passe à Rotterdam. La Ville a installé des feux de circulation munis de capteurs qui suivent le flot de circulation afin de rendre les déplacements à vélo plus sûrs et plus pratiques.

Feux de circulation actionnés par capteurs​​

Feux de circulation actionnés par capteurs. Source: ville de Rotterdam

Bâtiments

Nous pouvons développer la capacité des bâtiments flexibles pour faire des ajustements au fil du temps afin de rendre les lieux d’habitation, de travail et de commerce plus abordables et écologiques. Dans ces lieux « radicalement » à usage mixte, les gens de tous âges et de tous horizons peuvent mieux vivre, travailler et s’amuser à proximité. Nous pouvons aussi tirer parti des nouvelles technologies qui nous permettent de faire des ajustements en temps réel par rapport à notre consommation d’énergie.

bâtiment flexible

Source: Sidewalk Labs

Mettre des idées à l’essai

Le projet Sidewalk a mûri pendant des années et, à un certain moment, il a fallu songer à un endroit où l’on pourrait mettre ces idées à l’essai. C’est là que les choses ont vraiment commencé à être intéressantes.

Après avoir considéré un certain nombre d’endroits, il est apparu évident qu’il serait plus avantageux d’en faire l’essai dans une vraie ville où il y avait une masse critique de personnes, de l’activité et du dynamisme. Toronto s’est distinguée pour plusieurs raisons :

  • C’est une ville très diversifiée : on y parle 140 langues, la majorité de la population est née hors du Canada et, surtout, on y accueille des gens talentueux venus du monde entier.
  • La population de la ville croît rapidement. C’est la quatrième plus grande ville en Amérique du Nord.
  • Une partie de son secteur riverain est l’une des plus grandes zones non aménagées en Amérique du Nord, ce qui offre une occasion remarquable de mettre à l’essai de nouvelles idées et des innovations.
front de l'Est de Toronto

Front de l'Est de Toronto. Source: Sidewalk Labs

Mobiliser

Chaque ville — qu’elle soit petite, moyenne, grande ou très grande — doit maintenant exprimer ses aspirations et envisager comment les inévitables avancées technologiques affecteront nos villes. Ces avancées nous forcent à repenser la façon dont nous faisons les choses, par exemple :

  • organiser les services municipaux;
  • faire participer le public à la prise de décisions;
  • mettre en œuvre de nouveaux projets.

J’invite tous les Canadiens et Canadiennes à prendre part à ces conversations. Aujourd’hui, nous avons tous la possibilité d’imaginer, de discuter, de débattre et d’évaluer, avec les yeux grands ouverts, de quoi auront l’air les villes de l’avenir et comment les technologies peuvent servir à rapprocher les collectivités. C’est pourquoi Sidewalk Toronto dépense 50 millions de dollars pour un processus de mobilisation à long terme. Nous voulons soulever ces importantes questions et y répondre.

Idéalement, ce n’est que le début. J’espère voir les innovations qui émergent du projet Sidewalk Toronto appliquées à d’autres villes dans le monde.

Le Labo d’urbanisme de la CCN a collaboré avec Artengine and Impact Hub Ottawa au Future Cities Forum qui a eu lieu le 23 février 2018. Les conférenciers ont fait part de leur point de vue sur nos villes de l’avenir alors que les technologies prennent de plus en plus de place dans notre quotidian.

Partagez

Commentaires