Lindsay Stephenson

Chef, Gestion et sécurité de l'information

Le mercredi 6 mars 2019, 7 h 55

J’avais trois ans quand ma famille a déménagé à Ottawa, et j’ai vécu dans la capitale jusqu’à la mi‑vingtaine. Aujourd’hui, même si je vis juste à l’extérieur de la capitale, je me rends presque tous les jours dans la région de la capitale nationale.  

Avant de faire partie du personnel de la CCN, je n’avais jamais pris conscience de ce qu’avaient fait cette société d’État et ses prédécesseures pour façonner la région de la capitale. Je ne m’étais pas non plus rendu compte du grand nombre d’actifs qu’elle gère et de la fréquence à laquelle je les utilise.

  • Pour aller à l’école, je marchais sur le sentier qui longe le canal, ou bien je patinais sur le canal en hiver.
  • Nous avions des rencontres familiales au parc Vincent Massey.
  • Je me souviens d’une sortie scolaire à Rideau Hall.
  • J’allais souvent glisser au parc de Rockcliffe.
  • J’ai même fait partie, par inadvertance, du spectacle son et lumière sur la colline du Parlement un soir. Mais ça, c’est une autre histoire…

Cette année, la CCN célèbre deux anniversaires importants : les 120 ans d’aménagement de la capitale et ses 60 ans d’existence. Pour l’occasion, je vous invite à me suivre dans le passé de la CCN et de ses prédécesseures, ce billet de blogue constituant le premier d’une série sur l’histoire des infrastructures de la CCN que vous préférez.

PRÉDÉCESSEURES DE LA COMMISSION DE LA CAPITALE NATIONALE

Établie en vertu de la Loi sur la capitale nationale, la CCN a vu le jour en 1959. Toutefois, ses racines remontent à 1899, au moment de la création de la Commission d’embellissement d’Ottawa (CEO).

Saviez-vous que la CCN possède 120 ans d’expérience dans l’aménagement et l’édification de la région de la capitale nationale?

Commission d’embellissement d’Ottawa

Au tout début, en tant que CEO, notre but était de faire l’acquisition de propriétés dans la ville d’Ottawa, comme des parcs publics, des rues, des promenades, etc. Nous étions aussi responsables de l’amélioration, de la remise en état et de l’embellissement de la ville. C’est dans le plan d’embellissement de 1903 (anglais seulement) qu’un réseau de parcs reliés par des promenades a été proposé.

En 1889, Ottawa ne comptait qu’un seul parc, soit le parc Major’s Hill. Près de 20 ans plus tard, principalement grâce aux efforts de la CEO, il y en avait six de plus, et en 1925, la CEO entretenait plusieurs parcs et promenades. La CCN gère encore aujourd’hui certains des premiers projets réalisés par la CEO.  J’aimerais en souligner deux parmi mes favoris : le parc de Rockcliffe et la promenade du canal Rideau (qui s’appelle aujourd’hui la promenade de la Reine-Elizabeth).

Parc de Rockcliffe

Le parc, loué à la Ville d’Ottawa en 1904, s’étendait sur environ 32 hectares (80 acres), des terrains de Rideau Hall à la rivière des Outaouais. À l’époque, les parcs étaient au centre des activités sociales, et le parc Rockcliffe ne faisait pas exception. Durant l’été, les gens s’y rendaient pour assister à des concerts et piqueniquer, et on pouvait y accéder en bateau à partir de différents points le long de la berge. Le ski avait la cote en hiver, et en 1910, un tremplin de ski fut construit dans le parc. Aujourd’hui, le parc sert toujours aux rencontres et aux activités sociales, et bien que le tremplin de ski ne s’y trouve plus, ses espaces aménagés sont parfaits pour piqueniquer, et on peut y louer le pavillon pour organiser une cérémonie de mariage.

Saviez-vous qu’en 1915, le parc de Rockcliffe représentait plus de 70 p. 100 de la superficie totale des parcs gérés par la CEO et qu’il est demeuré le plus grand parc de la Commission jusqu’à la création du parc de la Gatineau dans les années 1940?

Promenade du canal Rideau

Les travaux d’aménagement de la promenade du canal Rideau ont débuté en juillet 1900 pour se terminer en 1905. Longue d’environ 6,4 kilomètres (4 miles), la promenade du canal Rideau (aujourd’hui la promenade de la Reine-Elizabeth) était bordée d’arbres, d’arbustes et de fleurs, une amélioration par rapport aux terrains couverts de mauvaises herbes qui s’y trouvaient auparavant. Les travaux ont débuté avant l’établissement d’un plan directeur et la publication du rapport de Frederick Todd, qui fournissait des conseils sur la disposition de la promenade.

Saviez-vous que vers la fin de la Première Guerre mondiale, la CEO plantait uniquement des bulbes conservés de l’année précédente? Cette façon de faire différait de celle qu’elle utilisait à ses débuts, qui consistait à planter des milliers de bulbes. Elle fit ce changement en raison de l’incertitude entourant l’expédition et des coûts exorbitants des bulbes au début de la guerre.
Vue de la promenade du canal Rideau, qui serpente entre les arbres, à l’ouest de la rue Bank. 1902. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999912077
Vue de la promenade du canal Rideau, qui serpente entre les arbres, à l’ouest de la rue Bank. 1902. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999912077

Autre fait intéressant : Il y a déjà eu une route sur digue au lac Dows. Celle-ci reliait l’avenue Lakeside à l’intersection de la rue Preston et la ferme expérimentale. Elle avait été aménagée en 1904, et on commença à la démolir à la fin de 1928.

Digue au lac Dows. Crédit : Rapport spécial de la Commission d'embellissement d'Ottawa
Digue au lac Dows. Crédit : Rapport spécial de la Commission d'embellissement d'Ottawa

Commission du district fédéral

En 1927, soit l’année du 60e anniversaire de la Confédération, la Commission du district fédéral (CDF) est créée, et les projets d’aménagement dans la capitale nationale s’intensifient. C’est à l’époque de la CDF qu’on fait appel aux conseils de l’architecte et urbaniste français Jacques Gréber, qui fut un acteur important dans l’aménagement de la capitale. En 1936, le premier ministre William Lyon Mackenzie King invite Gréber à Ottawa pour travailler à une étude sur l’aménagement de la ville. 

Après la guerre, la vision de King s’élargit pour comprendre les deux rives de la rivière des Outaouais. Jacques Gréber revient à Ottawa et agit comme consultant pour le Comité d’aménagement de la capitale nationale. Il affirme : « […] le travail qui m’est confié est à caractère national, et pour en assurer le succès et la réalisation rapide, je souhaite agir comme consultant auprès du Comité d’aménagement de la capitale nationale, en travaillant en toute collaboration avec la Commission du district fédéral » [traduction]. Les membres de ce comité, représentants du gouvernement du Canada, des gouvernements des provinces de l’Ontario et du Québec, des villes d’Ottawa et de Hull et d’autres municipalités du district de la capitale nationale, allaient contribuer à bâtir l’avenir de la capitale. Le Projet d’aménagement de la Capitale nationale : rapport général, communément appelé le Plan Gréber, est publié en 1950.

Saviez-vous qu’en 1934, la CDF s’est vue confier la responsabilité d’embellir et d’entretenir les terrains des immeubles gouvernementaux du Dominion situés à Ottawa? À l’époque, on appelait le Canada le Dominion du Canada, et le gouvernement fédéral a été désigné « gouvernement du Dominion » jusqu’après la Deuxième Guerre mondiale. L’appellation « Dominion » a été officiellement abandonnée avec l’adoption de la Loi de 1982 sur le Canada.

Place de la Confédération

En 1936, le premier ministre King a aussi demandé conseil à Jacques Gréber concernant les plans de la place de la Confédération. Gréber était d’accord avec King sur tous les aspects, sauf un : l’emplacement du Monument commémoratif de guerre. Il était d’avis que le monument nuirait à la circulation s’il était placé au centre de la place de la Confédération. 

De 1937 à 1939, la place de la Confédération fut reconstruite d’après les dessins de Gréber, et en 1939, on y termina l’aménagement paysager ainsi qu’au Monument commémoratif de guerre.

Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999911923-u
Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999911923-u

Nous avons traité de la construction du Monument commémoratif de guerre et des changements apportés à la circulation routière dans ce secteur dans notre billet de blogue de novembre 2018. D’autres travaux ont aussi été réalisés dans le secteur à cette époque, notamment l’élargissement du pont Plaza.

Embellir la capitale

Réaliser les plans de nos architectes paysagistes demande beaucoup de… plantes. La CEO a d’abord loué des serres, et en 1912, elle en a achetées. En 1939, les serres et les pépinières de Rockcliffe ont produit 210 545 plantes et fleurs qui ont été plantées dans les parcs et les terrains relevant de la Commission.

Serres et pépinières du chemin Springfield, Rockcliffe. Août 1939. Crédit : Commission de la capitale nationale, collection Gréber
Serres et pépinières du chemin Springfield, Rockcliffe. Août 1939. Crédit : Commission de la capitale nationale, collection Gréber

Un district national

En 1945, une zone de 2 330 kilomètres carrés répartis presque également des deux côtés de la rivière des Outaouais est désignée « district de la capitale nationale ». La Loi sur la Commission du district fédéral est alors modifiée afin d’accroître les responsabilités de la CDF et lui donner un caractère véritablement national. Successeure de la FDC, la Commission de la capitale nationale est créée en 1959, après que le Parlement ait adopté la Loi sur la capitale nationale en 1958.

Ottawa et Hull. 1945. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999913861
Ottawa et Hull. 1945. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999913861

Un don de tulipes

Le premier don de bulbes de tulipes au Canada a été offert par la princesse Juliana des Pays-Bas. Durant la Seconde Guerre mondiale, la princesse et sa famille sont venues se réfugier au Canada. En 1946, la CDF a reçu 20 500 bulbes de tulipes en reconnaissance de la gentillesse dont a fait preuve le Canada à leur égard durant leur séjour à Ottawa. 

La CCN est considérée comme la jardinière officielle de la capitale, et ses architectes paysagistes aménagent les jardins que vous admirez durant le Festival des tulipes.

Tulipes au lac Dows. Mai 1958. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999914000
Tulipes au lac Dows. Mai 1958. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999914000

Fin des activités de la CDF

Les activités de la Commission du district fédéral ont pris fin en 1958. Voici quelques-unes des réalisations de cette dernière année.

  • Le 18 juin, le premier ministre Diefenbaker annonce que la Commission pourra établir une ceinture de verdure de 37 500 acres autour d’Ottawa. La même année, on fait l’acquisition d’environ 31 500 acres de terrains privés pour créer la Ceinture de verdure.
  • À la fin de 1958, la Commission fait l’acquisition de 57 000 des 75 000 acres prévus pour créer le parc de la Gatineau. Au total, 339 548 personnes se rendent au parc de la Gatineau cette année‑là.
  • À l’époque, la promenade du Colonel-By est la seule promenade nouvellement construite ouverte à la circulation. Longue de 3,2 kilomètres (2 miles), elle longe la vieille route du canal du côté est du canal Rideau, entre l’avenue Bronson et la cascade Hog’s Back.
  • Au printemps, 75 acres de terrains de piquenique entièrement équipés sont aménagés à la cascade Hog’s Back pour l’usage du public. 
  • La première étape du plan de déplacement des voies ferrées est achevée.

La Loi sur la capitale nationale reçoit la sanction royale le 6 septembre 1958. Elle prévoit l’agrandissement de la région de la capitale nationale, qui passe de 900 à 1 800 miles carrés (2 330 km2 à 4 715 km2), et l’augmentation du nombre de municipalités admissibles à une aide en matière d’aménagement, qui passe de 30 à 66.

Parc Hog's Back : pavillon et supports à vélos. Août 1958. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999913931
Parc Hog's Back : pavillon et supports à vélos. Août 1958. Crédit : Bibliothèque et Archives Canada / E999913931

La Commission de la capitale nationale

Cette année marque les 60 ans de la CCN et 120 ans d’expérience en aménagement de la capitale. Surveillez nos prochains billets de blogue et nos récits historiques sur l’évolution de la CCN et son rôle dans l’embellissement et l’aménagement de la région et de ses infrastructures. La CCN et ses employés, ainsi que ses partenaires, les intervenants et les Canadiens, s’efforcent d’aménager et d’entretenir la région de la capitale nationale de sorte qu’elle soit une source de fierté pour l’ensemble des Canadiens.

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