Il y a dix ans, Tobi Nussbaum terminait une maîtrise en administration publique et occupait le poste de directeur général de la politique de développement à l’Agence canadienne de développement international.

Dix ans plus tard, on le retrouve toujours dans la fonction publique, mais à titre de premier dirigeant de la Commission de la capitale nationale, qui gère les terrains et les bâtiments fédéraux dans la région d’Ottawa-Gatineau.

M. Nussbaum s’est joint à la société d’État fédérale en février, après avoir occupé le poste de conseiller municipal de Rideau-Rockcliffe au conseil municipal d’Ottawa de 2014 à 2018.

Alors que sa première année à titre de premier dirigeant tire à sa fin, Global News lui a envoyé une liste de questions : sur sa carrière, sur la façon dont Ottawa et la région de la capitale nationale se sont transformés au cours des dix dernières années, sur les défis à venir pour la CCN et la région et, enfin, sur l’avenir des plaines LeBreton.

Tobi Nussbaum. Photo : Dave Chan


Sur un horizon de 10 ans, qu’espériez-vous voir en matière d’aménagement urbain à Ottawa? L’avenir vous a-t-il donné raison?

En 2010, j’espérais qu’il y aurait plus d’aménagements permettant de s’asseoir et de profiter des cours d’eau magnifiques de la capitale – nos trois rivières et le canal. Dix ans plus tard, des terrasses et des bistros aménagés par la CCN le long des berges offrent aux résidants et aux visiteurs la chance de faire précisément cela.

Quel a été le moteur du changement le plus puissant, en aménagement urbain, ces 10 dernières années ?

L’attention portée au transport collectif, comme en témoignent le nouveau train léger sur rail et l’expansion du service rapide par bus, à Ottawa; et, à Gatineau, le Rapibus de même qu’un projet de tramway facilitant l’intégration du transport en commun entre les deux provinces.

Quelle a été votre plus grande victoire en tant que fonctionnaire, ou conseiller municipal, au cours de la décennie?

Je crois depuis toujours qu’il faut avoir une vision mondiale dans les actions locales. Ces dix dernières années, c’est cette conviction qui a fixé la trajectoire de ma carrière. J’ai abordé la décennie en m’attaquant à des problèmes de développement international, puis j’ai dirigé mon attention vers l’édification d’une ville meilleure pour tous. Je travaille aujourd’hui pour une société d’État qui a la capacité bien réelle d’améliorer la qualité de vie des résidants de la région et de continuer à faire de notre capitale une source de fierté pour tout le pays.

Et quelle a été votre plus grande déception ou occasion manquée? Quelle leçon en avez-vous tiré?

Quand j’étais conseiller municipal, j’ai voulu servir de catalyseur pour qu’il se crée de nouvelles associations communautaires, comme celles de mon quartier, là où il n’y en avait pas. La participation du public dans la vie urbaine est importante, et je regrette de n’avoir pas déployé plus de ressources à cette fin. J’aurais pu mieux les arrimer aux stratégies fructueuses intégrant les jeunes du quartier; voire conjuguer les efforts pour mobiliser cette jeunesse. L’engagement citoyen est si important pour bâtir des quartiers résilients et cohésifs!

Dans une perspective locale, quel a été le fait le plus important pour la région de la capitale nationale et pourquoi en est-il ainsi?

Le rôle d’envergure croissante que joue la région sur la scène technologique. Il s’y fait de la recherche de premier ordre, on y crée de l’emploi et la région est féconde en innovation. Tout cela contribue à diversifier notre économie. Il est donc primordial que la CCN fasse de la capitale un endroit où il fait bon vivre et qui donne envie de s’y établir, notamment grâce à ses sentiers, ses lieux publics, ses parcs et l’excellence du design.


Comment la composition de la région de la capitale nationale a-t-elle évolué ces dix dernières années? Et comment cette composition guide-t-elle vos décisions en tant que premier dirigeant de la Commission de la capitale nationale?

La croissance de la population et l’immigration ont formé une population beaucoup plus diversifiée qu’avant. En outre, on reconnaît de plus en plus que les villes et les régions jouent un rôle vital dans l’intégration des nouveaux arrivants et la formation d’un capital social — deux domaines en plein dans la mire de la CCN. La CCN peut bâtir et entretenir le type d’espaces publics et d’aménagements qui favorisent la cohésion nationale et civique, et veiller à ce que la capitale continue de s’épanouir.

Dans les dix prochaines années, quel sera le plus grand défi à relever pour la région de la capitale nationale?

Celui des changements climatiques. Des mesures d’atténuation et d’adaptation sont à prévoir! La capitale a connu l’effet dévastateur de ces changements au cours des récentes inondations. Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, et c’est là un autre domaine où la CCN a un rôle important à jouer. Nous avons établi une nouvelle stratégie de développement durable, un plan assorti d’objectifs clairs et mesurables pour réduire notre empreinte carbone et protéger nos biens naturels. À cet égard, nous voulons être en tête dans la région et au pays.

Quel est votre plus grand souhait pour la région de la capitale nationale, pour 2020-2030?

Je souhaite que notre région devienne plus attrayante, plus dynamique et plus durable — et c’est bien parti! Les plans de la CCN, même ceux à court terme, envisagent une capitale repensée. L’avenir s’annonce prometteur pour les plaines LeBreton; la pointe Nepean reprendra sa juste place parmi les lieux les plus emblématiques de la capitale; un nouveau Plan directeur du parc de la Gatineau verra bientôt le jour; des parcs spectaculaires apparaîtront le long des rives de la rivière des Outaouais; et la prochaine édition du Plan de la capitale du Canada, lancé en 2017, comprendra une foule d’idées ambitieuses, mais réalisables, qui refaçonneront notre capitale — plusieurs sont même déjà en cours.

On peut dire qu’en 2019, la CCN a beaucoup fait parler d’elle avec l’aménagement des plaines LeBreton. Dans quelle mesure êtes-vous sûr que le plan directeur conceptuel provisoire est réalisable? Où en sera l’aménagement de ce secteur en 2030?

Je suis extrêmement confiant à ce propos. Le personnel de la CCN a mis les bouchées doubles dans ce projet et, en neuf mois, est passé d’un nouveau départ à la présentation d’un plan directeur conceptuel complet. L’exercice a été efficace et rigoureux, et le public y participe depuis le tout début. En 2030, je m’attends à ce qu’un visiteur trouve, aux plaines LeBreton, un quartier animé; des destinations qui en valent la peine; et de magnifiques espaces verts pleins de vie dont tous profiteront pleinement.

L’an dernier, la saison de patinage sur le canal Rideau a été l’une des plus longues depuis des années. Si vous étiez joueur, feriez-vous le pari que la saison 2019-2020 sera plus courte ou plus longue?

Nous espérons que la saison sera très longue, mais puisque l’an dernier était une année record, il est possible que nous n’ayons pas autant de chance cette fois-ci. Les changements climatiques entraînent des fluctuations de température et c’est une réalité à laquelle nous devons faire face. C’est pour cela que nous entreprenons des travaux comme assurer l’accès à plus de sentiers en hiver. Nous voulons qu’il soit toujours possible de s’adonner à de saines activités récréatives dans la capitale, et ce, à longueur d’année.


Ce texte a d’abord été publié dans Global News (en anglais).