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Transcription

Tobi Nussbaum : Bonjour et bienvenue à Histoires de la capitale, un balado fait ici, à la CCN, pour marquer notre 125e anniversaire. Aujourd’hui, j’ai avec moi Michel Prévost, qui est le président de la Société d’histoire de l’Outaouais. C’est correct?

Michel Prévost : Tout à fait.

Tobi Nussbaum : Et puis Heather Thomson, qui est notre gestionnaire du Programme du patrimoine.

Heather Thomson : Très bien.

Tobi Nussbaum : Bonjour et merci d’être ici avec moi.

Michel Prévost : C’est un plaisir.

Tobi Nussbaum : On va discuter un peu de l’histoire de la CCN, mais aussi de l’histoire de la région. Et, Michel, je sais que vous êtes un expert de ces questions. Je veux commencer avec une question pour situer notre auditoire dans la région, en 1899. Si on était ici quand l’année que la CCN – ou The Ottawa Improvement Commission, qui était là avant la CCN – a été fondée, quelle était la situation, ici, dans la région? Est-ce que vous pouvez décrire un peu l’état d’esprit qu’on avait à cette époque-là ?

Michel Prévost : Il faut savoir qu’en 1897, la fonction publique n’occupait pas une place comme aujourd’hui. Ottawa et plus encore Hull étaient des villes encore très industrielles. En fait, la fonction publique va grossir surtout après la Seconde Guerre mondiale. En 1897, Ottawa-Hull repose encore énormément sur l’industrie du bois. Par exemple, du côté où est-ce qu’il y a les plaines LeBreton, aujourd’hui, c’était la G. R. Booth. Alors, vous aviez du bois partout, partout; des grandes scieries. Et du côté de Hull, vous aviez la E. B. Eddy. Et, en 1899, on a commencé les papetières. E. B. Eddy s’est lancée dans les papetières, mais on a encore les scieries. Hull est considérée comme la capitale – souvent, on dit mondiale – des allumettes. On y fabrique des millions d’allumettes chaque jour. Du bois scié, on en a partout. On fabrique du carton et, le long des chutes des Chaudières et du ruisseau de la Brasserie, ce n’est que des industries. Par exemple, vous avez ce qui va devenir la Canada Packers, qui était un abattoir-salaison. Vous avez le domaine de l’alimentation; le lait, également. Tout ça, aujourd’hui, est beaucoup disparu, mais il ne faut pas oublier que, en 1900, Hull est le troisième centre industriel du Québec. C’est sûr que la population, ce n’est pas du tout comme aujourd’hui. À Ottawa, eh bien, c’est quand même plus de 50 000, mais à comparer à plus d’un million aujourd’hui… Alors qu’à Hull, qui est la plus grande ville de l’Outaouais, dans le recensement de 1901, c’est 14 000 habitants. À l’époque, c’était considéré comme une très grande ville. Et il y a d’autres petites villes : Aylmer, Pointe Gatineau, Buckingham… La ville de Gatineau, par exemple (qui, plus tard, dans les années [19]20, va devenir Gatineau Mills), n’existe même pas. Tout autour, vous avez beaucoup de champs. L’agriculture… Aujourd’hui, c’est des habitations partout, mais, que ce soit à Ottawa, ou que ce soit à Hull, vous avez encore beaucoup d’agriculture. D’ailleurs, le marché By, qui est le plus vieux marché du coin, à l’époque, est très, très vivant. C’est important aussi de souligner qu’Ottawa et Hull sont des grandes villes ferroviaires. Il y a beaucoup de voies ferrées. En fait, la première voie ferrée, à Ottawa, c’est [en] 1854, pour rejoindre Prescott. Mais ça va beaucoup se développer durant la Seconde Guerre… la seconde moitié du 19e siècle. Puis, aujourd’hui, on oublie l’importance des voies ferrées. C’était le principal moyen de communication, mais aussi [pour le transport] des marchandises. Et les villes qui n’étaient pas reliées – ou les villages qui n’étaient pas reliés – par les voies ferrées déclinaient. Alors pour ça, Ottawa (1854) et Hull (dès 1877), sont des villes qui bougent beaucoup au tournant du siècle, mais je dois vous dire que ce ne sont pas de très belles villes, parce que c’est très industriel. Et à l’époque, il y a beaucoup de bruit. Il y a beaucoup de pollution. Et on n’a pas, comme aujourd’hui, des plans d’urbanisme alors le développement s’est fait d’une façon anarchique et, en 1899, les secteurs les plus délabrés, c’est le long du canal rideau. C’est près des chutes Rideau. C’est le long de la rivière des Outaouais, des deux côtés de la rivière, le ruisseau de la Brasserie… C’est ce qui explique qu’en 1884, sir Wilfrid Laurier va faire une déclaration qui a peut-être choqué le monde. Mais je vais vous lire mot à mot ce qu’il a dit, parce que ça situe bien ce qu’était la ville et je le cite : « Je m’en voudrais de faire un commentaire désobligeant au sujet de la capitale, mais il est difficile d’en dire du bien. Ottawa n’est pas une belle ville et elle ne semble pas destinée à en devenir une non plus. » Mais sir Wilfrid Laurier a une vision. Il a vu qu’Ottawa avait le potentiel de devenir la Washington du Nord. Et c’est pour ça qu’en 1899, il a créé la Commission d’embellissement d’Ottawa. C’est pour ça que cette année, c’est important de souligner le 125e anniversaire de la Commission de la capitale nationale. Parce que, quand les gens disent : « Ah! C’est donc beau! Il y a beaucoup de verdure, la rivière des Outaouais est mise en valeur », c’est parce qu’il y a eu des gens avant nous qui ont planifié ce développement-là. Et ce qu’on a en 2024, c’est le résultat de ce qui a commencé en 1899. Et ça, je pense que c’est important de le souligner.

Tobi Nussbaum : Absolument. Et puis, vous avez parlé d’un plan d’urbanisme. Quelques années plus tard, on a embauché monsieur Frederick Todd qui était, je pense, le premier urbaniste qui a discuté un peu des idées, de la vision pour la capitale. Heather, qu’est-ce que tu en penses? Est-ce que Frederick Todd était une personne importante pour notre histoire? ou non!? Discutez!

Heather Thomson : Tout à fait, absolument, et je pense que c’est intéressant parce que Frederick Todd a un peu corrigé la vision, peut-être, de Laurier. Parce qu’en disant que Washington, même si c’est très beau, n’a pas toutes les merveilles naturelles que la région ici est chanceuse d’avoir. Alors, il a reconnu les rivières, l’escarpement, toute la beauté des chutes Chaudières. Même si c’était un peu couvert par l’industrie du bois, à l’époque, il a reconnu qu’il y avait beaucoup de potentiel pour amener les gens à apprécier la rivière; amener les gens à profiter de la beauté naturelle de la région et de la ville – des deux villes, en fait. C’était, je pense, une petite correction de la vision de Laurier, même si Laurier aussi voulait juste embellir la ville.

Michel Prévost : En fait, Laurier avait plus une vision « Ottawa », alors que Todd est le premier à avoir identifié les collines de la Gatineau comme étant à protéger. C’est dans ce sens-là qu’il est visionnaire. C’est un urbaniste, mais aussi paysagiste. Il avait même travaillé avec Olmsted, à New York, qui est responsable du grand parc, Central Park. Et, pour lui, ce qu’il cherche, c’est le pittoresque. Et pour lui, la nature doit faire partie de la ville. Alors, en ce sens-là, c’est sûr que ça ne va pas se réaliser tout de suite. Mais on peut dire que Todd a été un visionnaire. Puis on a été chanceux, en fait, qu’il vienne travailler ici, à Ottawa, pour la Commission d’embellissement. Et j’ajouterais aussi qu’au départ, on ne pensait pas du côté québécois parce qu’il y a quatre membres, à la Commission d’embellissement, mais il y a seulement un représentant d’« Ottawa ». On n’a pas encore la vision de « région » de la capitale nationale. Ce n’est que quand sir Herbert Holt va, pour la première fois, parler de district fédéral et penser à l’autre côté de la rivière. On parle d’Ottawa-Hull, mais surtout, encore une fois, des collines de la Gatineau. Malheureusement, le rapport est déposé en 1915, et on avait fait aussi appel à Edward Bennett, qui est aussi un urbaniste paysagiste visionnaire. En 1915, le rapport Holt est le premier à parler de district, sauf que… On est en pleine guerre mondiale et ensuite, il y a eu des difficultés. Il y a eu crise financière, après la Première Guerre mondiale. Ce qui fait que ce n’est qu’à la fin – au milieu – des années [19]20 qu’on a repris l’idée d’investir pour embellir la capitale. En 1927, le rêve devient réalité. C’est la création de la Commission du district fédéral. Alors là, on a vraiment l’idée qu’on a aujourd’hui de « région » de la capitale nationale.

Heather Thomson : Et ce n’est pas long après ça qu’on a créé le parc Jacques-Cartier, par exemple. Et aussi, qu’il a commencé à se développer un caractère de parc de l’autre côté, au lieu des industries. Hein?

Michel Prévost : Tout à fait. C’est que, les premiers endroits qu’on veut embellir du côté de Hull, c’est le long de la rivière des Outaouais. Le premier poste, c’est le parc Brébeuf et le parc Jacques-Cartier. Mais le parc Jacques-Cartier est plus intéressant parce qu’il est vraiment au centre-ville. On va commencer par acheter ce qui est à l’est du pont Alexandra. Aujourd’hui on a totalement oublié, mais il y avait un chantier naval, l’Ottawa Transportation Company, et en 1941, la CCN va acheter tout ce secteur-là et va hériter de la plus vieille maison de Hull, qui est la maison Charron, qui avait appartenu à Philémon Wright et aux descendants de la famille Wright. Mais, finalement, la CCN achète cette magnifique petite maison, qui est unique. C’est l’une des deux seules maisons qui existent encore de la période de Philémon Wright. Philémon Wright (qui est le premier – on dit qu’il est le fondateur du canton de Hull) va jouer un très, très grand rôle dans la région, surtout dans la première moitié du 19e siècle, puis dans la deuxième moitié. C’est surtout E. B. Eddy, mais c’est quand même intéressant. La CCN avait des visions (pas à l’époque, mais la Commission du district fédéral) sur tout ce qui était le long de la rivière. Alors, on va aller chercher aussi au bout, là où il y a l’embouchure du ruisseau de la Brasserie. Il y avait une grande usine, la Gilmour, qu’on va s’approprier de la Gilmour. Mais il reste encore des terrains intéressants, parce qu’il y avait une grande usine de textile, la Woods, qui employait, à la Seconde Guerre mondiale, plus de 500 personnes. C’était un très, très grand bâtiment. Mais après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu un déclin du textile; de l’usine de la Woods, qui avait très, très bonne réputation. Et en 1960, la CCN va acheter, aussi, la Woods.

Tobi Nussbaum : Merci. Je voudrais juste revenir pour quelques minutes sur l’histoire de la CCN et je sais que dans les années [19]20 et [19]30, on a un nouveau premier ministre, monsieur Mackenzie King, et, Heather, il a ses propres idées [sur] « comment avancer » la vision de la capitale. Pouvez-vous parler un peu du rôle de Mackenzie King et de la relation qu’il a avec un monsieur Jacques Gréber?

Heather Thomson : Mais oui. C’est intéressant. King était très proche de Laurier. En fait, les deux hommes étaient très proches et il avait beaucoup partagé les visions de Laurier. Alors il a un peu pris la suite de ça. Il a eu la chance de rencontrer Jacques Gréber et il a eu plusieurs discussions avec lui. Il l’a engagé pour venir regarder la situation ici, à Ottawa, la capitale, et pour faire un plan; Pour faire un plan qui était encore plus robuste que les plans d’avant. Peut-être, Michel, tu voudrais parler un peu à propos de King, là-dessus.

Michel Prévost : Je vais parler, on va y revenir à la fin, sur le parc de Gatineau, et je reviendrai sur Mackenzie King.

Heather Thomson : Mais oui, alors le plan Gréber était vraiment transformateur. Il y avait de grands projets. Beaucoup étaient basés sur les idées de Todd, sur les idées du plan de Holt-Bennett, aussi, mais ça allait plus loin. Il y avait de gros projets envisagés; par exemple, enlever les voies ferrées, comme Michel en avait parlé, qui étaient partout dans le centre-ville. Il voulait enlever ça. Enlever l’industrie, en fait, du centre-ville, mais miser un peu sur les promenades, les parcs; créer des espaces, des ilots pour le secteur public, pour travailler; créer le parc de la Gatineau, encore plus, élaborer l’idée du parc de la Gatineau. Et la Ceinture de verdure, aussi. Il y avait de gros, gros projets pour transformer LeBreton. Et, ensuite, avec la Loi sur la capitale nationale, qui a créé la CCN, ça a donné le pouvoir à la CCN d’implanter le plan Gréber, qui [comportait] des expropriations, des budgets pour mettre en œuvre ces projets-là. Alors, ça a beaucoup transformé la capitale des deux côtés de la rivière.

Michel Prévost : On ne dira jamais assez l’importance du plan Gréber, en 1950. Ce qu’on a aujourd’hui, ça relève beaucoup du plan Gréber; des choses très, très positives et d’autres choses; aujourd’hui on se questionne sur l’idée d’avoir enlevé les voies ferrées. Gréber avait demandé la démolition de la gare centrale, qui est aujourd’hui un joyau du patrimoine.

Heather Thomson : Et un bâtiment désigné!

Michel Prévost : Exactement. Fondamentalement, Gréber disait que la vocation industrielle au centre d’Ottawa, de Hull, ce n’était pas digne d’une grande capitale. Et ça va prendre du temps. Ça va se réaliser en 1972. Ce qu’on n’aimait pas, en particulier, c’est de voir, juste en face du parlement, de la colline parlementaire, des montagnes de bois et la fameuse usine de la E. B. Eddy. Et, finalement, en 1972, la CCN va acheter ce qui est aujourd’hui le site du Musée canadien de l’histoire. Et on va faire disparaitre l’ancienne usine. On va enlever toutes ces montagnes et là, on dit qu’on a beaucoup embelli la vue à partir de la colline parlementaire; mais aussi, on a amélioré la qualité de l’air – et moins de pollution dans la rivière des Outaouais. Ça faisait aussi partie d’un projet d’embellissement, et Gréber aurait été très content de voir disparaitre, juste en face, l’usine et ses monticules de bois. Parce qu’encore dans les années [19]70, la E. B. Eddy fonctionne quand même à plein régime et occupe un très, très grand site.

Heather Thomson : C’est intéressant, tellement de transformations ont eu lieu. Mais encore, comme vous l’avez mentionné, il y a des vestiges, en fait, de chaque époque. Comme la maison Charron. On a la tour de lessivage, juste à côté du musée, qui est restée. Un peu après E. B. Eddy.

Michel Prévost : Mais qui n’est plus à la CCN. Ça a été transféré au musée

Heather Thomson : Mais c’est quand même…

Michel Prévost :  Mais c’est triste de voir qu’il n’y a aucune mise en valeur. J’ai fait des visites guidées dans ce secteur-là, et il y a une plaque sur Laurier. Mais quand on est près de la tour de lessivage, il n’y a aucune interprétation qui est faite, et ce n’est pas la faute de la CCN.

Heather Thomson : Mais dans le portfolio de CCN, on a le bureau Gilmour Hughson, qui est plus loin dans le parc, mais dans la Maison du vélo. C’est intéressant, les vestiges qui existent; qui rappellent un peu l’histoire. Mais c’est tellement différent de ce que c’était à l’époque.

Michel Prévost : Et ce n’est pas mis assez en valeur. Il faut plus de panneaux d’interprétation. Bon, il y a toujours le vandalisme, mais il faut s’assurer… On met des matériaux qui ne coutent pas cher, puis on peut les remplacer. Encore une fois, c’est le président de la Société d’histoire de l’Outaouais [qui parle]. Il faut diffuser plus notre histoire.

Tobi Nussbaum: Vu que Mackenzie King a joué un rôle dans l’établissement du parc de la Gatineau, peut-être que c’est le moment de parler un peu de l’histoire du parc. Michel?

Michel Prévost : En fait, certains considèrent Mackenzie King comme le père du parc de la Gatineau, mais il faut savoir que la même année où Todd dépose son rapport, en 1903, Mackenzie King achète une première propriété, et ça va être à l’origine du fameux domaine Mackenzie King. Mackenzie King connait bien l’endroit. Il aime la nature, mais il voit dans les années [19]30 que le parc – ce qui est le parc aujourd’hui – le site se détériore, parce que c’est la grande crise et les gens vont chercher du bois. On a besoin de beaucoup de bois de chauffage et on est en train de… On fait des coupes à blanc. Et Mackenzie King… Et la population aussi. Il faut dire que dans les années [19]30, ce sont des citoyens du coin qui demandent au gouvernement d’intervenir. Et j’ai trouvé une très belle citation dans un discours de Mackenzie King, qu’il a fait devant le Parlement. Il décrit ce qu’est aujourd’hui le parc de la Gatineau. « Des coteaux complets ont été entièrement dépouillés de leurs arbres. On y a laissé des zones dévastées qui ne sont rien d’autre qu’un amas stérile de pierres et de sols érodés. Ruisseaux et sources se dessèchent et la faune qui peuple les forêts et les eaux est en train de disparaitre. » Alors, c’est incroyable comment c’est frappant. On était en train de perdre les magnifiques collines de la Gatineau. C’est pour ça qu’en 1938, on crée officiellement le parc de la Gatineau. C’est sûr qu’au départ, ces… 6 000 hectares, c’est très petit, mais c’est vraiment à partir de 1950, avec le plan Gréber. Dans le plan Gréber, c’est très, très clair qu’on appuie la création d’un grand parc et, en quelques années, on va passer à plus de 35 000 hectares. En 1950, Mackenzie King décède et lègue à la nation son domaine. Et, un endroit qui va être annexé au parc de la Gatineau beaucoup plus tard, en 1994, mais qui est mon endroit préféré, c’est la vallée Meech. La Société de développement de l’Outaouais, avait exproprié, au début des années [19]70, les fermes de la vallée Meech pour créer un zoo; un projet que personne ne voulait et qu’on ne réaliserait pas. Qu’on n’a jamais réalisé. Et, heureusement, en 1994, il y a eu un transfert de propriété et tout ce secteur-là a été annexé. Et c’est vraiment magnifique. À l’automne, je trouve que c’est le plus beau secteur du parc de la Gatineau. Les paysages sont magnifiques. Moi, je me dis que le parc de la Gatineau, c’est le plus beau joyau du côté québécois, et je sais que pour la CCN c’est une très grande fierté. Je ne peux pas m’imaginer la région sans le parc de la Gatineau. D’ailleurs, quand on a acheté notre propriété, dans les années [19]80, on avait demandé à l’agent une maison près du parc de la Gatineau. Alors, je suis à deux maisons du parc de la Gatineau. Je l’ai beaucoup utilisé et je pense qu’il y a une grande fierté de la population des deux côtés de la rivière. Ça fait longtemps, même, que les gens d’Ottawa vont du côté québécois pour profiter des collines. On me disait que lady Aberdeen, la femme du gouverneur général, à la fin du 19e siècle, partait en excursion pour découvrir ce qu’est aujourd’hui le parc de la Gatineau. Alors il y a une longue tradition. Si on a le temps, peut-être une petite anecdote. Il y a plusieurs années, la CCN m’a invité, avec d’autres. On a fait le tour du parc de la Gatineau pour identifier des lieux patrimoniaux. Dans la vallée Meech, où il y a le magnifique petit pont couvert, on découvre dans un champ, un cimetière totalement abandonné, le cimetière des Baldwin. L’herbe… Il y avait des arbres y avaient poussé. On ne pouvait plus entrer. C’était clôturé, et on ne pouvait plus entrer. Et j’avais dit à la CCN, ces gens-là ont été expropriés. Vous avez exproprié – pas vous, mais l’ancêtre... Vous avez exproprié, et je crois que la CCN a un devoir de mémoire; de rendre hommage à ces pionniers-là. Et j’y suis retourné, un an ou deux après, et la CCN avait totalement nettoyé le cimetière. Maintenant, il y a une plaque historique, et on a recommencé à y enterrer des membres de la famille Baldwin. Alors, on peut dire que le cimetière est toujours « vivant » aujourd’hui. Ça, c’est le genre de petites découvertes qu’on fait dans le parc de la Gatineau. Moi, j’adore les ponts couverts. On en a moins. Autrefois, il y en avait plus de 100 en Outaouais. Il en reste moins de 10 et il y en a deux dans le parc de la Gatineau : le pont de la vallée Meech et, aussi, celui sur la rivière la Pêche, à l’entrée du lac Philippe. C’est des joyaux à préserver, ça également.

Tobi Nussbaum : Absolument.

Heather Thomson : Je dois dire merci beaucoup, Michel, parce que grâce à vous et à d’autres, le cimetière de Baldwin fait partie de notre plan culturel pour le parc et de notre inventaire du patrimoine. On se fie beaucoup aux groupes du patrimoine – des intervenants, des gens qui en connaissent beaucoup à propos de l’histoire de la région – pour nous aider, parfois, à identifier ces lieux-là. Parce que, parfois, il y a tellement de terrains, pour nous; dans notre portfolio, à gérer. Et aussi, parfois les gens ne sont pas au courant de l’importance de ces lieux-là, alors merci beaucoup pour ça.

Michel Prévost : Une autre petite anecdote concernant ça : on est au parc du Lac-Leamy et c’est monsieur Beaudry, à l’époque, qui est là et je dis à monsieur Beaudry, devant tout le monde : « Il faudrait des panneaux d’interprétation au parc. » Et monsieur Beaudry dit : « Oui, oui, oui. » Et après, quelqu’un, que je ne nommerai pas, mais de la CCN, vient me voir, puis dit : « Nous, ça fait longtemps qu’on le demande en interne, mais là, il dit, quand ça vient de la population, quand ça vient des groupes de l’extérieur, ça a plus de poids. » Et aujourd’hui, si vous allez au parc du Lac-Leamy, il y a de beaux panneaux d’interprétation. Alors je pense que c’est vrai. La population ne devrait pas hésiter à faire des pressions auprès de la CCN quand on voit, par exemple, la maison de la ferme McConnell, en face du cimetière Bellevue, qui tombe en ruine, alors… Je pense que c’est important que la population, surtout du secteur Aylmer, fasse des pressions auprès de la CCN pour dire qu’il faut restaurer ce bâtiment-là avant qu’il ne tombe en ruine.

Tobi Nussbaum : Très bien. Alors, on est maintenant dans les années [19]60-[19]70. Quels sont les évènements les plus importants depuis qu’on a établi le parc de la Gatineau? Quels sont, dans les 30-40 dernières années, Heather, les évènements, les développements les plus importants selon toi?

Heather Thomson : Bien, je pense, Michel, que ça serait bien de parler un peu à propos des expropriations dans le vieux Hull, hein? Parce que ça, quand même, ça c’était … Ce qu’on voit maintenant, le complexe du Portage, c’est tellement présent maintenant dans le paysage, mais on a complètement enlevé le cœur du Vieux-Hull pour ce projet-là; ces projets, ces multiples projets. Je ne sais pas si vous voulez en parler un peu.

Michel Prévost : Ah oui, j’ai fait des visites guidées de ce secteur-là. En 1968, c’est l’élection du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, et il y a une promesse qui est faite, que 25 % des emplois, au fédéral, seraient du côté québécois. Et on a décidé de faire une cité fédérale dans le Vieux-Hull. Certains vont dire aussi la montée du nationalisme québécois… Et le fédéral veut être plus présent au Québec, et on va s’installer juste de l’autre côté de la rivière. À cette époque-là on a exproprié à partir de 1969, phase 1 jusqu’à phase 4; ça va s’étaler sur 10 ans, entre [19]69 et 1979. On va exproprier plus de 5 000 personnes, on va démolir plus de 1 000 bâtiments et, à l’époque, il n’y a aucune consultation. Les gens reçoivent une lettre et ils sont expropriés. Alors ça a été un bouleversement. C’est incompréhensible qu’on ait fait ça aussi brutalement à l’époque. Puis là, ça a été fait par la CCN, mais je viens d’écrire un article sur la construction du boulevard des Allumettières, et là, c’était le gouvernement du Québec, et on a fait la même chose. Il n’y a pas de BAPE [Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec], il n’y a pas de consultation, à l’époque, mais on a détruit la vie culturelle, la vie sociale. Les institutions sont disparues. La paroisse Notre-Dame, qui était la plus vieille paroisse du côté de Hull, va mourir parce qu’en 1971, la grande église va bruler. Et les oblats ont été pris avec un éléphant blanc et ont dit : « On n’a plus de citoyens. » La population de l’ile de Hull va passer de plus de 25 000 habitants, avant, à peu près 13 000. Alors imaginez-vous le choc, mais aussi une grande perte pour le patrimoine bâti. On a démoli, par exemple, le palais de justice, le bureau d’enregistrement... À l’époque on avait quand même des bonnes volontés, parce que, on va faire la même chose dans la Basse-Ville d’Ottawa. Les quartiers historiques étaient les plus anciens. Donc, il y avait un parc immobilier qui s’était très détérioré. Les rues étaient très étroites. Et, dans le plan Gréber, on a ça aussi. Gréber favorisait beaucoup l’automobile. Il n’est pas le seul. Après la Seconde Guerre mondiale, partout l’auto est la reine. La voiture est reine, et on veut faciliter les déplacements. Alors, c’est là qu’on fait des grandes rues. On a construit ces bâtiments-là dans le Vieux-Hull, mais il fallait des rues. Alors, boulevard Maisonneuve, on a exproprié énormément de gens. Et ce qu’on regarde aujourd’hui, c’est beaucoup : béton, béton. Si vous comparez avec le boulevard des Allumettières, c’est le jour et la nuit. Et, aussi, la CCN, au début des années [19]70, va financer la construction du pont du Portage. Alors, on a complètement, complètement changé. Quand on regarde les photos… Quand je fais mes visites guidées, j’apporte des photos. Et il n’y a pas beaucoup de villes où tu ne peux pas reconnaitre le centre-ville parce que tout, tout, tout a été changé, et le gouvernement du Québec, aussi, a eu une petite partie où a construit l’édifice Jos-Montferrand. Et les gens se demandent toujours : « Mais pourquoi les gens n’ont pas protesté? » Mais il faut savoir que le projet du gouvernement fédéral, de la CCN, était appuyé par le gouvernement du Québec, par la Ville de Hull, mais aussi par la Chambre de commerce de Hull. Parce qu’on avait pensé que ces milliers de fonctionnaires qui arrivaient du côté de Hull; que ces gens-là étaient pour aller magasiner sur la promenade du Portage – il y avait des magasins de meubles à l’époque, que les gens étaient pour rester le soir, aller manger dans les restaurants. Et ce n’est pas ça du tout, du tout qui s’est produit. Ce qui fait que la rue principale (qui va devenir la promenade du Portage), qui était très, très dynamique avant l’arrivée des édifices fédéraux, va vraiment péricliter. Et aujourd’hui, allez sur la promenade du Portage, le soir, une fois que les fonctionnaires sont partis. Puis on sait que depuis la pandémie, il y en a de moins en moins. Il y en a beaucoup moins. Alors, il y a un manque de vie sur la promenade du Portage, si on exclut le secteur qu’on appelle place Aubry, où il y a de la vie. Mais même encore aujourd’hui, on peut dire que les expropriations qui ont été faites à partir de 1969 ont encore un très grand impact sur le centre-ville. La population va recommencer à croitre, parce que là, on construit beaucoup de tours d’habitation, mais je pense qu’on va vivre encore longtemps avec les impacts des expropriations qui se sont faites dans les années 1970. Et si on faisait la même chose aujourd’hui, ça se ferait différemment. Ça, c’est certain; mais c’était l’époque.

Tobi Nussbaum : On aurait pensé que la CCN, peut-être, avait pu apprendre quelque chose à propos de l’expropriation, vu que dans les années [19]60, on a eu la situation sur les plaines LeBreton, mais je ne pense pas, hein, Heather?

Heather Thomson : Mais c’est ça. Je pense que c’était plus ou moins la même époque, mais aussi la même mentalité, parce que c’était l’époque des grands plans. On a un grand plan, on le met en œuvre et c’est ça. Et sans consultation. Alors, c’était exactement la même chose à LeBreton. Les gens recevaient des lettres, ils étaient expropriés. Alors il y avait beaucoup de misère, aussi, pour la communauté, comme vous l’avez mentionné aussi.

Michel Prévost : Exactement. Petite anecdote concernant ça, quand on a lancé le projet des plaines LeBreton, je pense que c’était lors d’une consultation publique et là, il y avait tous les commissaires, qui venaient de partout au Canada, et celui qui a fait la présentation a dit que c’était sur des « terrains vacants ». Alors, tout de suite après, je suis intervenu et j’ai dit : « Quand même, vous devez rappeler qu’il y avait une population là avant les années 1960 et que c’était une classe ouvrière, défavorisée, mais que c’était habité ». Et que la CCN avait quand même un devoir de mémoire, et de ne pas tout simplement dire que c’était des terrains « vacants ». Puis, à l’époque, ce n’est pas seulement la CCN, il y avait… on appelait ça Ottawa-Carleton. Mais Heather a tout à fait raison. On regarde partout. L’idée d’avoir des consultations publiques, l’idée d’informer, ce n’était pas encore dans les mentalités. Heureusement, les choses ont beaucoup changé parce que, à l’époque, les gens attendaient une lettre. Et la lettre disait, vous allez recevoir tant et vous avez tant de temps pour quitter. Au moins, quand on regarde dans le Vieux-Hull, on a commencé tout de suite à construire. Alors que quand on regarde dans les plaines LeBreton; quand on regarde pour ce qu’on appelait l’axe McConnell, Laramée-McConnell, les terrains sont restés vacants pendant 30 ans, et on voyait encore les fondations des maisons, et c’était devenu des dépotoirs. Alors imaginez-vous pour les familles qui avaient été expropriées très, très rapidement et qui se disaient : « Eh bien, on n’a rien construit, et nos maisons sont devenues des dépotoirs. » C’était très dur pour ces gens-là. Mais dans le Vieux-Hull on a exproprié, mais on a construit tout de suite, alors si ça peut… Un petit baume!

Heather Thomson : Pour notre projet qui est en marche maintenant, avec LeBreton, on a fait un projet d’histoire orale (peut-être que vous le savez) et on a demandé aux gens de nous envoyer des histoires, de partager des histoires à propos de leur vie, de leur expérience, de leurs familles (qui étaient là) et on a entendu beaucoup de belles histoires, en fait; juste « de la vie », avant les expropriations; mais aussi, oui, la peine des expropriations, c’est sûr. Alors, sur notre site Web on peut écouter quelques histoires que les gens racontent à propos de cette époque-là, et après aussi. Parce que comme vous avez dit, pendant que c’était « vacant », il y avait aussi d’autres vocations qui ont pris place, comme le camping…

Michel Prévost : …des dépotoirs à neige!

Heather Thomson : Il y avait plusieurs choses entretemps qui étaient... qui ont pris place.

Michel Prévost : Mais il était temps de le faire, parce que les gens vieillissent. Cette année, on célèbre le centième anniversaire de la grève des allumetières. Mais avant les années [19]80, on ne s’intéressait pas aux allumetières. Ce qui fait qu’elles sont toutes décédées et on ne peut pas les interviewer. Alors, quand on s’y prend à temps, il faut faire vite parce que ces gens-là disparaissent et, avec eux, c’est des pans d’histoire qui partent. Alors, c’est très, très important de documenter. Et je sais aussi qu’on a fait des fouilles archéologiques au pied de la falaise, mais pas pour… parce qu’on sait que c’est un site autochtone très important, mais pour documenter le site industriel. À partir du 19e siècle. Ça aussi c’est important avant de construire : de s’assurer qu’on fait des fouilles archéologiques. Et à la CCN, vous avez tout un projet. Et c’est très important aussi, l’archéologie. Ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas que ce n’est pas important.

Heather Thomson : Absolument.

Tobi Nussbaum : Étant donné qu’il ne reste pas beaucoup de temps dans notre discussion, est-ce qu’il y a d’autres développements, d’autres thèmes dont vous voulez discuter? Disons à propos des 30 dernières années? Michel?

Michel Prévost : Je voudrais parler du projet de mise en valeur du site du patrimoine Jacques-Cartier, à Pointe-Gatineau, où est-ce qu’il y a l’église Saint-François-de-Sales. Moi, j’avais arrêté de faire des visites guidées dans ce secteur-là parce que ça s’était trop détérioré. Mais dans les années 2010, en collaboration avec la Ville de Gatineau… Souvent on sait qu’il y a des frictions entre les villes et la CCN, mais il y a aussi des projets intéressants. Et la Ville et la CCN ont investi 42 millions dans ce secteur-là. Et on a redonné vie au secteur. La grande promenade, le long des rivières Gatineau et des Outaouais; le parc Abinan. C’est merveilleux. On rend hommage aux autochtones, et c’est agréable de faire des visites guidées dans ce secteur-là. Alors ça, je trouve que c’est un bel exemple quand on dit qu’on veut embellir, qu’on veut améliorer. Puis là, il y a des restaurants qui commencent à s’installer. Il y a beaucoup de vie; de la verdure, déjà, même si ça ne fait pas énormément d’années. Déjà les plantes, les fleurs, les arbres… C’est vraiment un beau projet. Et je dis aux gens « C’est le plus bel endroit pour avoir la vue sur la rivière des Outaouais. » Et ceux qui arrivent là pour la première fois réalisent à quel point c’est un beau point de vue. Qui est de plus en plus connu, mais plus de la population de Gatineau. Je pense que la population d’Ottawa et les touristes auraient intérêt à découvrir ce beau secteur. Alors Pointe-Gatineau, à comparer à ce que c’était avant, c’est le jour et la nuit. Alors ça, c’est un bel exemple de collaboration. Et l’autre, qui est toujours en attente, c’est le ruisseau de la Brasserie, qui est un secteur exceptionnel. Mais c’est très difficile de développer. Les terrains sont contaminés. Espérons qu’un jour... Ça, c’est un autre joyau qui devra être mis en valeur, parce que c’est exceptionnel d’avoir un ruisseau comme ça qui entre dans les terres. En fait, c’est pour ça qu’on parle de l’« ile » de Hull. Vous avez le Théâtre de l’Ile. Là, malheureusement, vous avez l’ancien château d’eau où était Les Brasseurs du temps, qui vient de fermer. Alors, espérons qu’on va trouver une nouvelle vocation. Mais on rêve, à la Société d’histoire, de voir qu’il y a un sentier qui partirait de l’ancien château d’eau et qui se rendrait jusqu’au projet Zibi. Un ancien maire, Maxime Pedneaud-Jobin, lors de sa première élection, l’avait identifié comme un projet prioritaire. Et là, à part du pont, qui a été refait par le ministère des Transports du Québec… Et c’est tellement beau ce coin-là, le Théâtre de l’Ile, avec toute la verdure. C’est un endroit magnifique, mais qui mérite d’être mis en valeur dans les années à venir. Et la majorité des terrains appartiennent à la CCN. Et un autre projet où la Société d’histoire a beaucoup collaboré, c’est la maison Wright-Scott. On voulait même construire des maisons de ville tout autour. La Société d’histoire s’est opposée, avec l’Association du patrimoine du ruisseau de la Brasserie. Et finalement, la CCN a acheté le bâtiment, l’a restauré. Et là, je pense que ça va redevenir « habitation », comme c’était avant, mais c’est un site extraordinaire. Mais encore là, il n’y a aucune interprétation. Alors, ce serait bien. Et je suis content de voir que la maison va être occupée, parce qu’un bâtiment qui est inoccupé est souvent la proie des vandales ou des incendiaires. Le bâtiment va être occupé, mais on pourrait faire des panneaux d’interprétation parce qu’on est sur le site du fondateur du canton de Hull, Philémon Wright. Sa maison est un peu plus haut et là, c’était son jardin. La belle maison Wright-Scott, c’était à sa petite fille, Nancy Louisa Wright Scott, et monsieur Scott était le premier maire d’Ottawa. Alors, c’est là qu’on voit tous les liens entre les deux rives. Alors, je termine sur ces deux points, mais on pourrait, écoutez… Il y a tellement d’histoire depuis 125 ans, on aurait pu faire un balado beaucoup plus long.

Tobi Nussbaum : Un deuxième balado.

Michel Prévost : Un deuxième balado. Mais je pense qu’on a quand même fait un bon survol avec Heather.

Tobi Nussbaum : Je suis d’accord. Heather, est-ce qu’il y a quelque chose à ajouter avant de finir?

Heather Thomson : Je veux juste mettre en valeur… Je pense que vous avez bien mentionné qu’il y a beaucoup de liens entre les deux rives et la vue aussi, les vues du côté Gatineau. On oublie parfois qu’en fait, on s’en va par là et on regarde les chutes Rideau, le Parlement, quoi. C’est merveilleux! On a tellement de belles; très, très belles vues. Et aussi, je pense, la mise en valeur, comme vous l’avez mentionné, c’est tellement important. Mais aussi, la mise en valeur de l’histoire autochtone, parce que maintenant, surtout dans le domaine de la conservation du patrimoine, on mise sur des choses qu’on peut voir, des bâtiments qui existent. Mais de plus en plus on essaie, maintenant, de collaborer aussi avec les communautés autochtones, parce qu’il y a tellement d’histoire – huit-mille ans d’histoire. Par exemple, dans le parc du Lac-Leamy, où nos collègues en archéologie font beaucoup de fouilles. En fait, il y a en ce moment des fouilles publiques qui sont en marche. Où les gens discutent et parlent de tellement d’artéfacts qui ont plusieurs milliers d’années. Alors ça, c’est un autre aspect qu’au fur et à mesure, on va essayer de travailler, pour mettre en valeur.

Michel Prévost : On le voit dans la toponymie. Je donnais l’exemple du parc Abinan. Dans mes visites guidées, ça me permet de faire le lien, de rappeler. Puis on a de beaux panneaux d’interprétation. Il y a aussi une sculpture de Simon Brascoupé. C’est un panier qui était très important pour les cultures, et c’était la première commande que la Ville de Gatineau faisait auprès d’un Autochtone. Les gens sont intéressés par ce genre d’histoire.

Heather Thomson : Pour conclure, peut-être, j’avais une petite question, parce que j’ai entendu parler… On a parlé beaucoup de l’industrie du bois, mais vous avez une connexion familiale avec quelqu’un de fameux dans l’industrie : Jos Montferrand.

Michel Prévost : Tout à fait. Je suis un lointain cousin de Jos Montferrand qui est, on le disait, le roi de la rivière des Outaouais; grand défenseur des Canadiens français contre les Irlandais. Et c’est là qu’aurait eu lieu, en 1829 (sur le pont des Chaudières, aujourd’hui), la plus grande bataille qu’il y a jamais eu dans la région; où mon petit-cousin aurait défait à lui seul plus de 150 Shiners, des fiers-à-bras irlandais qui avaient décidé de le tuer ce soir-là. Jos Montferrand était un géant qui mesurait 1 m 93; 6 pi et trois, et quatre. Je n’ai pas ce gène-là du tout, mais il y a une explication. Moi, je suis parent du côté de la mère. Alors la grandeur et la force venaient du père et toutes les belles qualités de Jos Montferrand venaient du père. Alors Jos Montferrand est ici de 1827 à 1857, l’année où la reine Victoria et ses conseillers ont choisi Ottawa comme capitale. Mais rappelons que Jos Montferrand, c’est une de plus grandes figures légendaires du Canada français et la plus grande figure de la région – mais qui est connu aussi sous le nom de Jos Muffraw – et on ne réalise pas que c’est Jos Montferrand!

Heather Thomson: Mais oui!

Tobi Nussbaum : Très bien. Parfait! Alors, je voudrais dire merci beaucoup, Michel, Heather. C’était une discussion très, très intéressante. Alors, merci d’être ici avec nous aujourd’hui. Et puis, à la prochaine. Au revoir.

Tobi Nussbaum : Voilà qui termine cet épisode d’Histoires de la capitale. Soyez des nôtres pour le prochain, au cours duquel nous continuerons à célébrer nos réussites, revenir sur nos défis et regarder vers l’avenir de la région de la capitale nationale. Merci de votre écoute.