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Transcription

Tobi Nussbaum : Alors, bonjour. Je suis Tobi Nussbaum. Je suis le premier dirigeant de la Commission de la capitale nationale. Bienvenue au parc de la Gatineau. Je suis ici avec deux collègues. Catherine, Rachel, est-ce que vous pourriez vous présenter? 

Catherine Verreault : Certainement. Catherine Verreault. Je suis la directrice [de la Division] des terrains urbains du Québec et du parc de la Gatineau. 

Rachel Paquette : Moi, c’est Rachel Paquette. Je suis agente de programme ici, au parc de la Gatineau, en interprétation de la nature. 

Tobi Nussbaum : Très bien, alors soyez les bienvenues. On est ici… Où exactement, Catherine? 

Catherine Verreault : Ici, on est sur la boucle nord de la promenade de la Gatineau; dans le parc de la Gatineau, dans le secteur Chelsea; dans le secteur sud. Derrière nous, il y a un magnifique cours d’eau, le ruisseau Chelsea, et un marais. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Et ça, c’est une partie de nos promenades qui est réservée au transport actif, n’est-ce pas? 

Catherine Verreault : Oui, c’est une partie de la promenade qui est réservée en tout temps à la circulation active, à la mobilité active; donc il n’y a pas de véhicules motorisés sur cette partie-là. 

Tobi Nussbaum : Oui, et aujourd’hui, on voit beaucoup de gens qui se promènent, et il y a aussi beaucoup de cyclistes; mais en hiver, c’est une autre histoire, n’est-ce pas? 

Catherine Verreault : Oui, en hiver, ici, c’est le ski de fond. En fait, les promenades... le réseau de 33 km, dans le secteur sud, est fermé aux véhicules et à toutes les activités sauf le ski de fond. À certains endroits on partage avec la raquette, le vélo d’hiver ou la marche. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Rachel, je sais qu’il y a beaucoup d’espèces en péril dans le parc de la Gatineau. Est-ce que vous pourriez parler un peu des espèces qui sont intéressantes ici, dans le parc; qui sont à noter? Il y a… quoi? Soixante… plantes et combien… Non! C’est quoi exactement? [sourire] Rachel? 

Rachel Paquette : Catherine [rires]. 

Catherine Verreault : C’est 60 animaux, puis environ 90 plantes. 

Tobi Nussbaum : D’accord. 

Catherine Verreault : Donc, 91 et 58 pour être précis. 

Tobi Nussbaum : D’accord. Alors, qui veut parler un peu des espèces qui sont intéressantes pour notre auditoire? 

Rachel Paquette : Je peux peut-être commencer en disant qu’une des choses importantes auxquelles il faut qu’on pense, dans le parc des Gatineau, qui est un parc de conservation, c’est qu’on veut vraiment avoir comme priorité la biodiversité. La diversité, ça rend le parc plus fort. Ça fait que les espèces, que ce soit des plantes ou des animaux, sont complémentaires. Elles vont pouvoir être plus en santé, en général, si on a une plus grande diversité. Si on veut garder ces animaux-là en santé – plantes, animaux – il faut qu’on pense qu’il y en a qui sont en péril; qui sont plus vulnérables. Alors il faut être un petit peu plus pointilleux et s’attarder, justement, à ces espèces-là pour qu’on s’assure qu’elles [ont] les habitats et tout ce qu’il leur faut pour être en santé. Plus spécifiquement, Catherine peut peut-être parler de quelques espèces? 

Catherine Verreault : Oui, c’est intéressant. On a vraiment beaucoup d’espèces en péril. Des espèces qui sont vraiment intéressantes, comme la tortue mouchetée. La tortue mouchetée se déplace beaucoup. En temps de reproduction (fin juin), on la voit souvent près des routes, où elle va essayer de faire son nid dans un substrat, c’est-à-dire dans un endroit où le sol est moins dur. Donc, des roches, du petit gravier… C’est une espèce à laquelle on peut faire particulièrement attention. Elle est facilement reconnaissable parce que sa carapace est vraiment bombée et son cou est vraiment jaune éclatant. C’est une espèce facile à reconnaitre. C’est une espèce emblématique du parc de la Gatineau parce qu’il y en a une très grande population dans l’ouest du parc. [Parmi] les autres espèces plus rares qu’on a, on a le genévrier de Virginie; qui n’est pas nécessairement en péril, mais qui est la plus grande concentration au Québec. Quatre-vingts pour cent des genévriers de Virginie sont au parc de la Gatineau. 

Tobi Nussbaum : Wow! 

Catherine Verreault : Les autres populations sont plus dans le secteur de Montréal. Il y a d’autres arbres, aussi, comme l’orme liège, l’érable noir, le noyé cendré, qui sont en péril. Plusieurs sortes de couleuvres en péril, aussi, les chauves-souris. Donc… de garder une biodiversité, de garder une variété d’habitats comme on voit ici. Il y a des arbres. Il y a de la forêt, de l’autre côté. Il y a des ruisseaux. Il y a des marais. Ça permet d’abriter une grande diversité de faune et de flore, puis qu'elles trouvent leur endroit. Puis nous, […] ça nous permet, à long terme, de protéger toutes les espèces; dont les espèces en péril. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Et j’imagine qu’on fait de la recherche scientifique chez nous? 

Catherine Verreault : Oui, chaque année on émet environ 40 permis de recherche scientifique. On connait les chercheurs qui viennent. Souvent, on peut les diriger vers le meilleur endroit, selon leurs recherches. Il y a présentement une étude en cours sur les promenades, par exemple; sur l’effet de la circulation sur les populations d’oiseaux, de mammifères; la mortalité routière. C’est une des choses importantes. Il y a des recherches en cours sur les chauves-souris, par exemple; sur le papillon monarque, certains pollinisateurs, les moules, les poissons, les couleuvres. Donc, c’est vraiment diversifié. C’est comme un laboratoire à ciel ouvert, le parc de la Gatineau. C’est quand même 361 km2. Donc ça [procure] vraiment beaucoup, beaucoup de possibilités au niveau de la recherche. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Et je sais que les gens aiment voir, par exemple, les ours et les autres animaux comme ça. Combien d’ours noirs on a dans le parc? 

Catherine Verreault : On n’a pas un nombre précis. On sait que la population d’ours noirs est vraiment en bonne santé. Est-ce que c’est 50? Est-ce que c’est plus? Est-ce que ça va plus dans le 200? On fait des inventaires avec le ministère des Ressources naturelles… et de la Faune… et des Parcs et de l’Environnement [rires] du Québec. [rires] Désolée, le nom change un peu souvent. Eux sont à même de nous en dire un peu plus sur les populations d’ours; sur les populations de cerfs de Virginie, aussi, d’année en année. Les ours ont un assez grand territoire. Donc, c’est facile et difficile en même temps d’en estimer le nombre. On va avec les signes de leur présence. 

Rachel Paquette : Moi, je pense que c’est important, quand on mentionne les ours… Les gens ont peur ou, assez étrangement… Soit qu’ils ont très peur des ours ou, quand ils les voient, ils n’ont pas assez peur; puis ils restent ou ils s’approchent. Dans mon rôle, il y a une [part d’] éducation [sur ce] qui est important à savoir. On est vraiment contents de savoir que la population va bien. Si on sait que les plus gros mammifères vont bien, c’est que l’habitat est en santé et que les plus petits vont sans doute bien aussi. On aime que les gens sachent qu’il y a des ours noirs dans le parc. On aime qu’ils aient peut-être la chance d’en voir. On ne promet rien, parce que c’est très rare, mais on veut aussi qu’ils réagissent bien pour que quand ça se passe, l’ours – qui est dans son habitat – se sente aussi en sécurité, et puisse y vivre sainement. Puis que l’humain puisse en sortir avec une belle histoire qui finit bien. Donc, on se retire tranquillement, puis on lui laisse son espace. C’est simple, finalement. 

Tobi Nussbaum : Très bien, merci. Est-ce qu’on peut parler un peu des oiseaux dans le parc? Qui veut commencer? 

Rachel Paquette : Je peux commencer juste [avec] le fait qu’en ce moment, on n’entend pas beaucoup d’oiseaux chanter. 

Tobi Nussbaum : Oui, c’est vrai. 

Rachel Paquette : Sur une année, on peut s’attendre à ce qu’il y ait à peu près 230 espèces d’oiseaux dans le parc, pour une petite période parce qu’ils continuent plus vers le nord; ou qui sont ici pour faire leur nid et élever leurs petits. Deux-cent-trente espèces sur une année. 

Tobi Nussbaum : Deux-cent-trente? 

Rachel Paquette : Deux-cent-trente! 

Tobi Nussbaum : Wow! 

Rachel Paquette : Mais en ce moment, ou très bientôt, on peut s’attendre à ce qu’il y en ait seulement 30 qui restent. Les oiseaux qui restent, c’est parce qu’ils sont capables de résister au froid, de se tenir bien au chaud, puis de trouver leur source de nourriture. Les oiseaux qui dépendaient des insectes ont quitté et ceux qui sont tout petits, et qui ne peuvent pas être corrects dans le froid, ont aussi quitté il y a quelques semaines.  

Catherine Verreault : On a, comme disait Rachel, une grande diversité d’oiseaux. On est chanceux. Dans le temps de l’automne, c’est le temps où ils partent en migration – aux endroits comme aux belvédères et sur certains escarpements rocheux, partout dans le parc. On peut voir, parfois, des migrations d’oiseaux. Souvent, ça va être des oiseaux de proie. Parfois ça va être les bernaches du Canada. Dans le parc, un des oiseaux qui est protégé, c’est le faucon pèlerin. Le faucon pèlerin, c’est un petit oiseau de proie, mais qui est vraiment intéressant parce qu’il peut atteindre des vitesses en vol plongé jusqu’à 300 km/h. Quand il chasse, il va aller jusqu’à ces vitesses-là. On le retrouve surtout sur l’escarpement d’Eardley parce que, lui, fait son nid en hauteur; sur des surfaces un peu planes directement sur la roche. C’est quand même intéressant parce qu’habituellement, on se dit : « Un gros oiseau de proie, un gros nid. » Non. C’est quelques branches sur la roche. C’est intéressant pour ça. Il était en péril. Pendant des années, on ne l’a pas vu au parc de la Gatineau. Plusieurs causes pour son déclin, au Canada et au Québec, dont les pesticides. Mais, plus récemment, il est revenu dans le parc. Depuis les années 2000, on suit vraiment la population. Puis, c’est ça. Cette année, on a vu quelques individus. L’année passée, on a eu des confirmations de couples qui ont niché dans le parc. Depuis les années 2010, environ, on voit un grand succès du faucon pèlerin dans le parc de la Gatineau, et c’est quand même très réjouissant. 

Tobi Nussbaum : Je viens d’entendre un oiseau. 

Catherine Verreault : Le geai bleu. 

Tobi Nussbaum : C’était lequel? 

Catherine Verreault : Je pense que c’était le geai bleu. 

Rachel Paquette : Moi aussi. 

Tobi Nussbaum : OK, très bien. C’est clair que le parc de la Gatineau est un joyau dans la région, mais avec la popularité, il y a aussi des choses à régler. Je pense que le parc est le plus visité au Canada, sauf Banff, n’est-ce pas? 

Catherine Verreault : Oui. 

Tobi Nussbaum : Et on a combien de visiteurs chaque année, environ? 

Catherine Verreault : On a plus de 2,6 millions de visites par année. 

Tobi Nussbaum : Wow! 

Catherine Verreault : Donc, après Banff, oui, c’est le parc le plus visité. Mais c’est le parc qui a le plus de visiteurs par kilomètre carré, parce que c’est un petit parc comparé à Banff. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Et est-ce que vous pouvez parler un peu des choses qu’il faut régler à propos de la tension entre la récréation et la conservation? 

Rachel Paquette : Pour moi, ce qui est important, c’est qu’on puisse [offrir aux gens] l’information qu’ils cherchent. Quoi faire, quand; pour qu’ils se sentent en sécurité, aussi, et pour qu’ils se sentent guidés. Ils peuvent appeler au Centre des visiteurs. Les réseaux sociaux sont super importants pour leur laisser savoir comment bien planifier leur sortie dans le parc de la Gatineau. S’ils savent quoi faire, et qu’ils savent comment le faire en sécurité, on est tous gagnants parce que ça va aussi respecter l’éthique de la conservation qu’on souhaite. En restant sur les sentiers, en sachant quand c’est très occupé. C’est moins frustrant pour eux, puis [pour] les animaux, aussi. Tout le monde est gagnant. Cette tension-là peut se dissoudre tranquillement avec l’éducation, avec l’information, pour que les gens comprennent qu’il y a de plus en plus de gens dans le parc. Leur histoire ne peut pas être la même qu’il y a 30 ans, quand… il y a plus de monde. Cette tension-là est plus grande. Par l’éducation et par la compréhension de l’importance que ça a, cette empreinte humaine dans le parc. C’est notre parc. C’est le parc à tout le monde, mais en respectant des règlements super simples, on peut avoir une expérience positive en nature – qui est importante pour notre santé aussi – en respectant la santé du parc aussi.  

Catherine Verreault : C’est ça, le parc de la Gatineau. Le mandat du parc, son premier but, c’est la conservation. C’est sûr que l’expérience de nature et de culture est vraiment très importante aussi pour nous, donc l’expérience du visiteur est très importante. Le fait que le parc de la Gatineau (pour les gens qui ne [le] connaissent pas) est vraiment près de la ville d’Ottawa, près de la ville de Gatineau, dans les villes de Chelsea, Pontiac, La Pêche, fait en sorte qu’il y a une grande proximité des gens. On n’a pas besoin de conduire deux heures pour venir au parc. […] S’informer avant de venir, sur les meilleures pratiques; mais aussi à nous de bien communiquer et aux gens de pouvoir apprécier toute cette nature-là. Ça leur donne le sentiment de vouloir aussi la protéger et de comprendre pourquoi c’est beau, comment ça fonctionne, puis de vouloir respecter ça pour les générations futures. 

Rachel Paquette : Je me souviens, en interprétation, avant; dans nos formations, ils nous disaient : « Plus on en connait, plus on va pouvoir protéger. » Ce n’est pas nécessairement connaitre dans le sens de connaitre les six sortes de grenouilles puis leur nom latin, tu sais…  C’est le sens d’appartenance. C’est de vivre quelque chose de positif. Si tu vas dans le parc, les gens sont sympathiques. Il fait beau. Le sentier est bien entretenu. Toutes ces petites choses-là vont faire que peut-être, plus tard, quand tu vas écouter la radio et qu’ils vont parler de la CCN, puis du parc de la Gatineau, tu vas dire : « Moi, je ressens l’importance de ça, puis je vais contribuer à ça. » Ce n’est pas nécessairement lié à des connaissances académiques, biologiques. C’est vraiment juste de vivre quelque chose de positif comme tu le souhaitais. 

Tobi Nussbaum : C’est intéressant parce que je sais qu’il y a aussi beaucoup de bénévoles qui travaillent dans le parc. Est-ce que vous pouvez parler un peu de notre programme? Combien de bénévoles? Qu’est-ce qu’ils font, etc.? 

Catherine Verreault : On a des centaines de bénévoles qui font des milliers d’heures de bénévolat par année. Il y a certains programmes, comme la patrouille de sentiers, que ça fait des années qu’on a des bénévoles, été comme hiver; qui patrouillent nos sentiers pour vraiment aider les gens, aider à les orienter, leur donner de l’information en cas de situation d’urgence, aussi, pour pouvoir donner les premiers soins. On a aussi un groupe de bénévoles qui travaillent surtout sur les sentiers, qui aident à l’aménagement de sentiers dans le parc de la Gatineau. Donc, c’est vraiment intéressant. Le groupe de gestion responsable des sentiers où on a vraiment regardé tous les sentiers dans le parc; ceux qui étaient les plus appropriés et ceux qui étaient les moins appropriés, aussi, pour pouvoir conserver certains endroits, fermer certains sentiers, et pouvoir bien aménager les autres. Donc, c’est vraiment des intendants du parc qui travaillent avec nous sur des projets comme ça. Certains travaillent plus au niveau historique, au niveau culturel; au domaine Mackenzie-King, par exemple. On a aussi les Amis du parc, qui travaillent avec nous, qui organisent aussi beaucoup d’activités. Les activités, par exemple, ça peut être ramasser des plantes envahissantes; enlever des plantes envahissantes qui menacent la biodiversité puis les espèces qu’il y a dans le parc de la Gatineau. Ça peut aussi être des activités de science citoyenne. Si savoir quelles sortes de grenouilles, quelles sortes d’oiseaux, quelles sortes d’arbres nous entourent vous intéresse, eh bien ça peut être intéressant de vous impliquer à ce niveau-là. Savoir comment ça fonctionne, la science au parc; accompagner un chercheur scientifique dans ses recherches pour l’aider à prendre des échantillons d’eau, par exemple, ça devient vraiment intéressant. C’est un bon moyen aussi de pouvoir connecter avec la nature. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Je sais qu’on a un plan directeur pour le parc, qui a été fait en…  

Catherine Verreault : Janvier 2021. 

Tobi Nussbaum : OK! Exact. 

Rachel Paquette : En pleine pandémie, oui. 

Tobi Nussbaum : C’est vrai. Et je sais qu’il y a un sens dans ce plan, que la vocation du parc change un peu si on va du sud au nord. Est-ce que vous pouvez parler un peu des différences entre les secteurs du parc? 

Catherine Verreault : Dans le fond, pour l’expérience, dans le secteur sud – qui est beaucoup plus accessible – on voit une plus grande densité de sentiers; une plus grande panoplie d’activités. La majorité des types d’activités se retrouvent dans le sud. Ici, on n’est pas loin du lac Meech. Les plages, qui sont très populaires pendant l’été. Le réseau des promenades, les sentiers de ski de fond, les sentiers de raquette l’hiver, aussi, qui sont très accessibles. Quand on se déplace un peu vers le nord, disons vers la vallée du ruisseau Meech, le lac Philippe, le lac la Pêche, c’est des endroits un peu plus reculés. C’est sûr qu’il faut conduire un peu plus longtemps, mais l’expérience est aussi différente. Les lieux sont un peu moins aménagés. Les sentiers sont bien aménagés, oui, avec une bonne signalisation, mais on a plus l’impression de se retrouver en nature. Si vous voulez une expérience avec un peu plus de quiétude ou un peu plus de contemplation, c’est des bons endroits à fréquenter parce qu’il n’y a pas la même affluence. Puis aussi, ça nous permet justement d’avoir une autre expérience du parc de la Gatineau; une expérience un peu plus d’arrière-pays, à ce moment-là. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Est-ce qu’il y a quelque chose à ajouter? Rachel? 

Rachel Paquette : Dans le fond, il y a moins de gens là parce que, justement, le mandat est dominant. Ce qui est dominant, c’est la conservation. Donc, ce n’est pas en attendant qu’il soit plus développé. Ces sections-là du parc vont demeurer comme ça parce qu’on souhaite, justement, qu’il y ait de plus grands espaces qui demeurent moins affectés par l’empreinte humaine. 

Catherine Verreault : C’est ça. Dans le secteur où on est présentement, qui est plus au sud, c’est vraiment « activités récréatives », toujours avec conservation. Puis… On vient de voir passer une coureuse, à côté de nous. Plus on se déplace vers le nord, plus la conservation prend de l’importance. Jusqu’à l’escarpement d’Eardley. Parce que je ne peux pas ne pas parler de l’escarpement d’Eardley, qui est vraiment notre milieu de conservation. Il y a très peu d’activités récréatives à l’escarpement d’Eardley. Quelques sentiers, vraiment, avec une empreinte minimale; qui sont moins larges, qui offrent plus une expérience d’arrière-pays. Quelques parois d’escalade, qui sont ouvertes… C’est une autre expérience. C’est là où on retrouve la plus grande concentration d’espèces en péril. Pourquoi? Parce que l’escarpement d’Eardley, c’est une falaise d’environ trois mètres de haut qui fait face au sud. Ça crée un microclimat qui est vraiment plus chaud et plus sec qu’ailleurs dans le parc et même qu’ailleurs dans la région. Donc, on retrouve des espèces, là, qu’on ne trouverait pas ailleurs et qu’on trouverait plus dans le Mid West des États-Unis. Il y a vraiment des chênes rouges, des chênes blancs, des chênaies, les genévriers de Virginie (dont on parlait plus tôt), puis le sumac aromatique, le polygone de Douglas, qui font en sorte que c’est vraiment une végétation spéciale. Quand on se retrouve là, c’est comme si on était ailleurs. 

Tobi Nussbaum : Hm! Intéressant. En bout de ligne, quels sont, selon vous, les plus grands défis dans le parc? Est-ce qu’il y a des choses… On a parlé du fait que c’est un parc très, très populaire; il y a beaucoup de gens; on a un mandat de conservation… Est-ce qu’il y a des défis qu’il faut commencer à régler? Est-ce que vous pensez : « non, ça va, ça va très bien, il n’y a pas vraiment de grands défis dans l’avenir »? Qu’en pensez-vous? 

Rachel Paquette : Je pense que ça serait que, tranquillement, les gens comprennent le mandat. On doit sentir ce sentiment d’appartenance-là. On veut venir au parc. Il faut juste savoir comment. Je pense que le défi sera le même pendant encore plusieurs années, mais si le message est passé… Je pense que les gens aiment la nature, veulent que ça reste un milieu naturel intéressant où c’est bon d’être. Je pense que c’est ce message-là… Que les gens, en rentrant, doivent se dire : « Moi, je m’en viens faire ça dans un parc de conservation, et ce parc de conservation-là n’est pas là pour répondre à toutes mes attentes d’activités récréatives. » Je pense que ces attentes-là, il faut qu’elles soient mitigées; qu’elles soient réalistes. 

Catherine Verreault : Puis au niveau des changements climatiques, il y a de plus en plus d’évènements climatiques extrêmes. On voit même un changement à certains égards dans la végétation. Tout à l’heure, on parlait d’espèces envahissantes. Il faut enlever certaines espèces envahissantes qui menacent d’autres espèces. Le climat change. Ça va favoriser certaines espèces et même des espèces d’insectes qui vont arriver. Donc il faut être prêts à aider notre parc, à être bénévole, puis aussi un peu s’orienter. Un des grands défis, ça va être de s’orienter puis de réagir, justement, aux évènements climatiques extrêmes; de garder nos visiteurs en sécurité; de s’adapter au niveau de la recherche scientifique des espèces, aussi; puis d’être capable d’avoir des infrastructures durables, des sentiers durables, des ponts, des ponceaux, des aires de piquenique… Tout ça qui résiste aux changements qui s’en viennent.  

Rachel Paquette : Des visiteurs engagés, des employés engagés; un plan directeur, ça nous aide à enligner les activités, mais aussi ce qui s’en vient, comment préparer, planifier les prochaines étapes.  

Catherine Verreault : Oui, avec les gens. Quand les gens nous aident, dans le fond… Les gens sont engagés dans leurs activités. Les gens sont prêts souvent à nous aider avec tout ce qu’il y a à accomplir. L’intendance du parc, c’est une intendance partagée. On veut un parc qui est accessible pour tout le monde, c’est très important, mais en même temps, que tout le monde puisse nous aider et se sentir concerné un peu par notre mandat. 

Tobi Nussbaum : Jusque maintenant, on a parlé beaucoup d’activités différentes dans le parc, sauf le camping. 

Catherine Verreault : Ah, c’est vrai! 

Tobi Nussbaum : Alors, est-ce que vous voulez parler un peu de camping et d’un petit projet qu’on est en train de faire au nord du parc? 

Rachel Paquette : Il est possible de dormir dans le parc. C’est important de savoir qu’il faut dormir dans des lieux qui sont faits pour ça, « désignés » pour le camping. Donc, on peut faire du canot-camping dans le parc de la Gatineau. On part de la plage du lac la Pêche en canot. Il est possible de louer l’équipement, si on ne l’a pas. On arrive sur des petites pointes de ce grand lac-là, puis, vraiment, c’est une expérience de camping… sauvage. C’est tranquille, sans eau courante. C’est super. Le camping, en ce moment, est en grande rénovation; mais il y aura aussi un camping avec quelques centaines [d’emplacements où] c’est possible d’aller en voiture, très accessible; où est-ce qu’il y a une possibilité, aussi, de louer des tentes quatre saisons, de louer des yourtes, des petits chalets. Il y a vraiment plusieurs options, à savoir où tu vas dormir et dans quelle sorte d’endroit. Mais ces endroits-là sont près des lacs. C’est une belle façon de passer du temps en famille ou entre amis, ou seul. Mais bientôt… L’hiver arrive. On est à l’automne, en plein cœur d’automne, mais le camping d’hiver est possible aussi. Autant en tente, en sac de couchage que dans ces mêmes yourtes, tentes quatre saisons et petits chalets. C’est populaire. C’est très populaire en hiver, puis ça sera populaire, on n’en doute pas, avec le nouveau camping qui va ouvrir bientôt. 

Catherine Verreault : On a un projet de rénovation de notre camping, qui est en cours. On a très hâte que ça soit complété, puis d’accueillir les gens. Il y a différentes unités, comme disait Rachel, de yourtes, de tentes quatre saisons, on dit des « prêts-à-camper ». Il va y avoir de nouvelles unités de prêts-à-camper puis ça, ça nous permet vraiment d’accueillir des visiteurs qui viennent avec leur sac de couchage, puis leur nourriture; l’équipement est tout fourni. Ça rend notre parc encore plus accessible. Il y a des sites pour le camping plus traditionnel, soit en roulotte, soit en tente. On va avoir presque 300 [emplacement]. C’est une expérience très intéressante. Ça permet aux gens de passer une nuit dans le parc. On peut faire aussi du camping d’hiver, dans une yourte, ou on peut faire un camping d’hiver dans une tente. Ça permet le rapprochement avec la nature. Au camping du lac Philippe, en été, il y aura encore un programme d’interprétation. Le fait [que les gens puissent passer] la nuit dans le parc… Ça nous permet d’avoir une connexion différente, de découvrir un peu, parfois, ce qui se passe la nuit dans un parc. Dormir dans une tente, c’est une expérience intéressante aussi. D’entendre ne serait-ce qu’un hibou, une chouette rayée, un grand-duc. Oh! On se demande qu’est-ce que c’est [rires]. Parfois ce n’est pas rassurant, mais ça nous permet d’apprivoiser la nature, d’un autre côté. On a vraiment hâte d’accueillir tout le monde. Il va y avoir un nouveau pavillon de services qui va devenir un relais, qui va être ouvert quatre saisons; un nouveau dépanneur; de la location d’embarcation, encore, des vélos, tout ça. C’est ça. L’accès pour tout le monde. Un pôle d’activité vraiment important, avec trois plages à cet [endroit]-là. 

Tobi Nussbaum : Alors, je sais que vous êtes très fières du parc. Moi, je suis aussi très, très fier. Est-ce qu’il y a un dernier mot? Est-ce qu’il y a quelque chose dont on n’a pas discuté jusqu’à maintenant et dont vous voulez discuter? Un aspect du parc dont on n’a pas discuté ce matin, avant de finir? Un dernier mot? 

Catherine Verreault : J’encourage vraiment les gens à aller découvrir un endroit où ils ne sont jamais allés. Souvent, on entend parler… C’est sûr que le lac Pink, les belvédères, le domaine Mackenzie-King, c’est populaire. Il faut y aller. On comprend pourquoi les gens y vont. Essayez un endroit où vous n’êtes jamais allés, un sentier spécial. Allez visiter la caverne Lusk. Allez visiter un sentier que vous n’avez jamais fait; le sentier Horizon, le sentier numéro 6 ou… dans le secteur du lac Philippe. Allez en raquettes, cet hiver, puis faites le tour du lac Philippe en raquettes. Arrêtez à une des haltes où vous pouvez faire un feu. Ça donne une autre perspective. C’est intéressant aussi. 

Tobi Nussbaum : Merci. 

Rachel Paquette : Je dirais, de sentir que le parc, c’est possible. Qu’on peut y aller. Tout le monde peut venir. Parfois, on voit de grandes familles, dans une aire de pique-nique, qui passent un très beau moment. On est venues à vélo, aujourd’hui. Moi, j’ai un vélo électrique. C’est possible d’aller au belvédère Champlain en vélo électrique. C’est possible d’en louer un pour un après-midi. Ça se fait. C’est faisable. C’est accessible. Il y a des randonnées qui sont sur un sentier bien plat, où on peut pousser une poussette ou même un fauteuil roulant. De sentir que le parc est possible, peut être agréable, peut donner ce sentiment-là de temps en nature, peu importe l’âge ou le niveau de capacité physique. 

Tobi Nussbaum : Très bien. Alors avec ça, je dis merci, Rachel, merci, Catherine. C’était une discussion intéressante pour moi. 

Tobi Nussbaum : Voilà qui termine cet épisode d’Histoire de la capitale. Retrouvez-nous lors de notre prochain épisode alors que nous parlerons des grandes réussites, des défis, et imaginerons l’évolution de la région de la capitale nationale. Merci d’avoir écouté.