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Transcription

Tobi Nussbaum : Bonjour, je m’appelle Tobi Nussbaum, je suis le premier dirigeant de la Commission de la capitale nationale, et bienvenue à Histoires de la capitale. Dans cet épisode, aujourd’hui, nous parlerons de la patinoire du canal Rideau, une destination canadienne emblématique de la capitale nationale. Le tout a commencé avec l’idée d’un coup de pelle en 1971. Aujourd’hui, c’est la plus grande patinoire du monde. La CCN est vraiment fière d’entretenir ce site unique au monde et de veiller à ce qu’il demeure sécuritaire et agréable pour tout le monde. En studio aujourd’hui, je suis avec quelqu’un que vous reconnaissez peut-être après l’avoir vu sur nos médias sociaux, Bruce Devine, gestionnaire principal, Installations et programmes à la CCN. Bienvenue, Bruce.

Bruce Devine : Merci de me recevoir.

Tobi Nussbaum : S’occuper de la plus grande patinoire du monde, c’est une tâche hors du commun. Peux-tu nous parler de tes premières saisons sur la patinoire du canal Rideau et ce que tu as dû apprendre?

Bruce Devine : Absolument. C’est ma treizième saison avec la patinoire comme gestionnaire. J’ai au-dessus de 35 ans d’expérience à gérer des événements spéciaux et jamais j’ai pensé que je me retrouverais à la tête de ce fabuleux projet. Je me souviens de ma première journée, quand je suis débarqué, j’étais en avant de l’édifice et puis je suis devenu tout nerveux tout d’un coup en pensant : « mon Dieu, qu’est-ce que je viens de faire là? »… « Gérer la plus grande patinoire au monde. »… j’ai dit : « câline ». Alors voilà, j’avais tout à apprendre, j’avais une excellente équipe, et puis j’en ai encore une excellente cette année, et puis ma plus grande peur, c’était que quelqu’un passe au travers. J’étais tellement nerveux, mais j’avais exactement tout à apprendre parce que j’avais pas d’expérience à gérer un projet sur la glace. Ça a été extraordinaire depuis ce temps-là.

Tobi Nussbaum : Très bien. Peux-tu nous expliquer comment se déroule la préparation et l’entretien de la glace à chaque saison? Quels sont les moments clés en début de saison? Si tu peux décrire un peu le processus.

Bruce Devine : Oui, oui, oui. Alors, l’équipe complète se forme à l’automne, début d’automne, septembre, et puis, c’est à ce moment-là, qu’on finit de fabriquer, réparer tous les équipements parce qu’à la fin octobre, Parcs Canada baisse le niveau d’eau pour nous laisser installer tout le gros matériel. On a 35 escaliers à installer, cinq escaliers d’accès universel, on a les quatre chalets, les quatre toilettes, les locations de patins et ainsi de suite. Donc, il faut tout installer ça dans une fenêtre de trois semaines. Par la suite, on remonte le niveau d’eau au niveau de la glace, c’est une référence qu’on a à l’interne, et puis on attend que le froid commence à geler l’eau. Lorsque c’est suffisamment épais, 4-5 pouces admettons, là c’est suffisant pour que l’équipe puisse embarquer, fabriquer de la glace. Et ensuite, une fois que c’est sécuritaire, on déploie tout notre petit matériel : au-dessus de 200 bancs, 1000 arbres, une quarantaine de tables à piquenique et ainsi de suite. Et puis on ouvre la patinoire au public. Et pendant la saison, mais là, c’est la routine dans le fond. Si tout va bien, comme cette année, le froid est de la partie, alors on arrose, on déblaye, on vérifie les choses, les gens s’amusent, ils vivent une expérience extraordinaire. Et au printemps, on fait l’inverse, on défait tout, tout, tout et puis lorsque tout est sorti, on appelle Parcs Canada pour qu’il baisse le niveau d’eau et puis ça, ça crée un espace d’air en dessous de la glace et puis ça casse la glace. Ça nous permet à ce que ça dégèle plus rapidement. Parcs Canada, au mois de mai, ils veulent se préparer à la saison de navigation. Et puis l’été, on planifie nos choses, on fait nos rapports et puis on recommence en septembre.

Tobi Nussbaum : Très bien. Mais c’est clair que le canal Rideau, ça c’est beaucoup plus que juste de la glace. Peux-tu décrire un peu, expliquer un peu ce qu’on peut faire quand on est là? Est-ce qu’il y a des choses à manger ou à boire, par exemple?

Bruce Devine : Oui, ce projet-là, le canal Rideau, il est reconnu par l’UNESCO depuis 2007. C’est une expérience extraordinaire. C’est une icône internationale et même nationale. C’est même dans l’ADN des gens locaux, dans le fond. Une fois sur la glace, c’est drôle à dire, mais entre deux murs et une surface de glace, il y a quand même une atmosphère extraordinaire qui se dégage. Les gens ont accès à différentes nourritures. Ça peut être asiatique, canadienne et évidemment la fameuse queue de castor, qui semble être la récompense de tout le monde, une fois qu’ils ont fait l’effort de patiner une certaine distance, si ce n’est pas le plein 7.8. Et puis, ça fait partie de la routine, surtout les familles, mais les touristes sont curieux d’y goûter. Alors, je pense que c’est symbolique maintenant. C’est interrelié, la queue de castor avec l’expérience du canal Rideau.

Tobi Nussbaum : Excellent. La saison 2023 a été décevante, puisque nous n’avons pas réussi à ouvrir la patinoire. Peux-tu nous parler des facteurs qui ont compromis l’ouverture de la patinoire cet hiver-là? Et quelles sont, Bruce, les leçons apprises?

Bruce Devine : Ça a été une année très difficile. Jamais j’aurais pensé que j’aurais été le premier gestionnaire à subir ça, de ne pas ouvrir la saison du tout.

Tobi Nussbaum : Moi aussi, j’étais le premier dirigeant à cette époque-là aussi.

Bruce Devine : Alors, ce qu’on a réalisé, c’est qu’en analysant nos épaisseurs de glace, il y a de l’eau qui a été prise entre des couches de glace. Et aussi, la glace était granuleuse. Il n’a jamais fait suffisamment froid pour que tout ça se condense et puis gèle correctement. Alors, c’était une glace de piètre qualité qui ne pouvait pas soutenir de poids. On ne pouvait pas inviter les gens à vivre l’expérience. Alors, on a appris, justement, qu’avec le froid, il faut vraiment y laisser le temps de vraiment geler comme il faut, avant de rajouter de l’eau par-dessus. Et puis, à moins dix, on dit qu’il fait froid la nuit à moins dix, mais il faut qu’il fasse froid pendant sept, huit heures, pas juste deux, trois heures. C’est une autre chose qu’on apprend. Il fait moins froid, ça prend plus de temps à geler. Il faut qu’on soit un peu dans l’inaction un peu plus longtemps que d’habitude. On a appris également que l’eau est chaude, elle est plus chaude que la glace. C’est le plus gros défi. Moi, je pensais que c’était le sel de l’hiver, mais c’est vraiment la température chaude. Et puis, dernièrement, on a fait un projet pilote l’an passé, où on a invité les gens, dans les moments qui étaient moins beaux, à venir marcher. C’est un projet pilote qu’on a fait. Au point tel que c’était populaire que cette année, on a créé un corridor de marche. Les quelques jours qu’on était ouvert juste pour la marche, j’ai été surpris de voir au-dessus de 5 000 visites par jour pour aller marcher; jusqu’à 8 000 visites la fin de semaine, juste pour aller marcher. Les gens font de l’entraînement à la course à pied, et lorsque les gens nous reconnaissaient sur la glace, ils nous remerciaient, parce que c’était une surface… le corridor n’est pas glissant, et les personnes âgées ont apprécié ça beaucoup, beaucoup. On a eu beaucoup de félicitations.

Tobi Nussbaum : Juste pour avoir l’expérience d’être là.

Bruce Devine : Absolument, c’est ça. C’était accessible pour eux. Ce n’était pas glissant. C’était sécuritaire.

Tobi Nussbaum : C’est intéressant. En général, Bruce, qu’est-ce qu’on fait pour adapter nos opérations au changement climatique, et est-ce que tu peux parler un peu de notre travail avec l’Université Carleton?

Bruce Devine : Oui, l’an passé, justement, on a eu un petit peu plus de froid, des blocs de froid, 5, 7, 8 jours consécutifs, ce qui nous a permis d’avoir une saison courte. Mais également, on a passé à travers une piètre qualité de glace, quand même sécuritaire, alors on a adapté nos opérations en utilisant des ATV ou des VTT, des équipements beaucoup plus légers. On a été chanceux qu’il neige pas beaucoup, parce que ça, ça serait un défi. Comment trouver de la machinerie qui est légère, mais performante pour souffler la neige? Là, c’est 60 pieds de large, quand même, les souffleurs projettent la neige à 15 pieds de distance pour dégager 7,8 kilomètres… faut être performant, comme on l’a été cette année avec la grande tempête qu’on a eue. Alors, de l’équipement plus léger… et puis ce qu’on a appris également, c’est qu’étant donné que la température de l’eau est un peu plus chaude… l’eau commence à former de la glace, pas à zéro, mais à moins deux pour nous. La température ambiante, on a remarqué également que c’est deux degrés plus chaud que ce qui est annoncé à l’aéroport. En fait, c’est des conditions dans lesquelles on doit travailler puis s’ajuster.

Tobi Nussbaum : Intéressant. Quel rôle penses-tu que le canal Rideau joue pour notre région, pour, en fait, le Canada?Est-ce que tu peux décrire un peu l’atmosphère, l’impact?

Bruce Devine : Oui, c’est comme tu as mentionné au début, c’est étonnant, c’est emblématique. Les gens… juste la première fin de semaine cette année, on a eu au-dessus de, en deux jours, 88 000 visites. Les gens l’attendaient et puis ils sont venus avoir une belle expérience de loisir. C’est en plein cœur de la capitale. Il y a des institutions nationales de chaque côté. Il y a des universités, le Centre national des arts, et ainsi de suite, mais aussi toutes sortes d’activités mémorables que les gens vivent en famille. Vu que c’est reconnu par l’UNESCO depuis 2007, il y a une atmosphère, juste à être dans ces deux murs-là, qui se génère et puis juste patiner là-dessus, ce n’est pas comme patiner dans ta cour arrière ou sur une patinoire sur un pavé. C’est magique, il faut le vivre.

Tobi Nussbaum : Oui, je suis d’accord et j’ai eu l’impression l’année passée, la saison passée, que l’atmosphère, l’énergie qu’on a eue dans la région était extraordinaire. C’était vraiment très, très positif étant donné que c’était une option pour les gens. Oui, et j’ai l’impression aussi que le tourisme augmente aussi si on a une saison comme ça. Est-ce que tu es optimiste à propos du futur et qu’est-ce que tu veux voir dans la CCN pour qu’on puisse continuer d’offrir une expérience comme ça?

Bruce Devine : Je pense que c’est tellement magique qu’il faut qu’on mette les efforts nécessaires pour avoir une saison le plus loin possible, retarder peut-être la fin inévitable, mais nos pronostics nous indiquent que les hivers vont peut-être être réduits, mais on va encore avoir des poussées de froid, alors je pense que le projet, on peut le garder. Je sais qu’il y a un groupe de collègues qui regardent un système réfrigéré pour une section de la patinoire, alors peut-être qu’on peut avoir une combinaison de ça pour les années difficiles avec une glace normale aux endroits où que c’est plus facile. Je compare le centre-ville avec le restant de la patinoire. Puis on verra ce qui est possible de faire, mais je pense qu’il faut continuer à mettre ces efforts-là, puis je suis content de voir que la gestion supérieure y croit également.

Tobi Nussbaum : Ah, très bien! Je suis d’accord. Alors Bruce, merci beaucoup pour le travail que tu fais, avec ton équipe. Je pense que c’est un travail qui est apprécié par tout le monde au Canada, et bonne chance pour la saison prochaine.

Bruce Devine : Merci infiniment. Merci de m’avoir accueilli.

Tobi Nussbaum : Au revoir.