La région de la capitale du Canada est au cœur d’un vaste réseau de communication et de commerce préeuropéen qui s’étendait dans toute la région nord-est de l’Amérique du Nord. Le réseau commercial a débuté dans la région il y a environ 6 000 ans. Les gens campaient le long des rives pendant l’été pour échanger des idées, troquer des biens matériels et renouer des liens sociaux. Ces gens ont introduit dans la région de nouvelles idées et de nouveaux matériaux depuis le nord du Labrador, la baie d’Hudson, la tête du lac Supérieur et l’État de l’Illinois. Aujourd’hui encore, il existe des traces physiques de leur passage dans la région.

L’archéologie raconte l’histoire des gens, de leur culture, de leurs traditions, de leur mode de vie et de la façon dont ils se sont adaptés à différents environnements au fil du temps. Les cinq artefacts qui suivent, trouvés sur les terres gérées par la CCN, racontent un bref chapitre de cette histoire telle qu’elle s’est déroulée dans la région.

1 – Signe d’une vaste culture

Pointe de pierre à la pointe triangulaire et à la base concave
Pointe Otter Creek
  • Âge : entre 5 500 et 6 000 ans
  • Lieu de découverte : parc du lac Leamy

Cet artefact était une pointe de pierre de type « Otter Creek ». Sa présence confirme que les premiers habitants de la région faisaient partie d’une culture beaucoup plus vaste, appelée Archaïque laurentien.

2 – Preuve d’un vaste réseau de communication et de commerce

Pointe de projectile avec une lame ovale et une tige moyennement arrondie
Pointe Adena
  • Âge estimé : entre 2 500 et 3 000 ans
  • Lieu de découverte : parc Vincent Massey

Cet artefact est une pointe de projectile de la forme caractéristique de la culture Adena, concentrée dans la région de l’Ohio-Illinois, qui se trouve à environ 1 500 km au sud-est d’Ottawa-Gatineau. Cependant, le matériel dont il est issu provient du lac Mistassini, dans le centre du Québec, à environ 1 000 km au nord-est de la région.

Cette combinaison unique souligne l’étendue du réseau de communication et de commerce préeuropéen auquel participaient les ancêtres des Algonquins Anishinabés. Elle met également en évidence le caractère distinctif de leur culture matérielle.

3 – Un rappel de ce qui est important

Pendentif en ardoise polie percé d’un trou pour le suspendre
Pendentif en ardoise polie
  • Âge estimé : entre 1 500 et 2 000 ans
  • Lieu de découverte : parc du lac Leamy

Cet objet rare utilisé comme parure personnelle (pensez à un collier muni d’un pendentif vieux de 1 500 à 2 000 ans) a été façonné en polissant une petite et fine feuille d’ardoise pour lui donner une forme essentiellement rectangulaire. Un trou a été percé des deux côtés du pendentif afin de pouvoir le suspendre et, si vous regardez attentivement, vous pouvez voir deux petites encoches sous le trou qui montrent que le perçage du pendentif a été manqué à deux reprises. Cette simple erreur de fabrication nous rapproche de son créateur.

4 – La rivière des Outaouais : une voie de transport importante

Tessons de pot réassemblés en un récipient en argile
Récipient en argile
  • Âge : 600 ans
  • Lieu de découverte : parc du lac Leamy

Ce récipient en argile a été réassemblé à partir de tessons de poterie trouvés sur une partie érodée de la rive de la rivière des Outaouais. Sa forme et sa finition sont identiques à celles de pots hurons provenant du territoire traditionnel wendat du Centre-Sud de l’Ontario. Le pot a été soit échangé dans la région, soit apporté par les Wendats qui campaient sur le site. Quoi qu’il en soit, il souligne le rôle de la rivière des Outaouais en tant que voie de transport importante au fil du temps.

Le résidu carbonisé gratté sur la surface intérieure du pot a permis d’établir, au moyen de la datation par le radiocarbone, que le pot date de 1530 après J.-C.

5 – Une trouvaille rare

Bouteille d'eau de Floride
Bouteille d'eau de Floride
  • Âge : entre 120 et 130 ans
  • Lieu de découverte : île Victoria

Avez-vous déjà entendu parler de l’eau de Floride? Elle était aux Nord-Américains du XIXe siècle ce que l’eau de lavande et l’eau de Cologne étaient aux Européens. Au fil du temps, les bouteilles produites pour ce spiritueux parfumé sont devenues extrêmement rares. Ainsi, elles ont une valeur patrimoniale dans la mesure où elles témoignent de pratiques culturelles passées.

Programme d’archéologie

Le patrimoine archéologique de la région de la capitale nationale s’étend sur quelque 8 000 ans d’utilisation et d’occupation continues du territoire. Le rôle de la CCN consiste à protéger et à gérer les ressources archéologiques historiques et préeuropéennes trouvées sur les terrains fédéraux de la région. Nous le faisons avant, pendant et après des travaux d’aménagement, ainsi que pour protéger de précieux artefacts des effets du changement climatique.

L’augmentation du nombre d’inondations et l’érosion accélérée des anciens rivages emportent les ressources archéologiques à un rythme alarmant. La CCN lutte contre ces pertes catastrophiques grâce à son Programme d’archéologie, mais cela ne suffit pas pour protéger l’héritage archéologique.

Une partie de la solution consiste à sensibiliser le public à l’importance des ressources archéologiques et à le faire participer à la recherche et à la conservation des artefacts. C’est l’un des principaux objectifs des fouilles archéologiques publiques de la CCN, organisées chaque année depuis 2014, mais annulées en 2020 et 2021 en raison des restrictions liées à la COVID-19.

La CCN aide également les communautés de la Nation algonquine anishinabée à consolider leurs ressources dans le domaine de l’archéologie. De cette façon, elles peuvent jouer un rôle plus actif et plus direct dans la préservation de leur héritage ancestral. Après tout, la protection et la préservation des ressources archéologiques sont une responsabilité collective.