
Ottawa n’a pas toujours été la belle capitale que nous connaissons aujourd’hui. Elle était même tout sauf cela. Pour reprendre un commentaire célèbre de l’ancien premier ministre, Sir Wilfrid Laurier, ce n’était « pas une belle ville ». Au tournant du 20e siècle, il était facile de voir pourquoi, car des scieries et des manufactures longeaient la rivière, de la fumée masquait l’horizon et le centre-ville était traversé de voies ferrées. Ottawa était donc loin d’avoir l’air d’une capitale dont la fierté nationale était croissante.
Sir Wilfrid Laurier avait toutefois une vision tout autre pour Ottawa. En 1899, son gouvernement a créé la Commission d’embellissement d’Ottawa, la première prédécesseuse de la CCN. C’est à cette entité qu’il avait alors confié la tâche de transformer la rude ville de bucherons qu’elle était alors en une capitale empreinte de dignité. Et c’est ainsi qu’a commencé, pour le gouvernement fédéral, plus d’un siècle de construction audacieuse – qui se poursuit toujours.
Les idées qui ont façonné la capitale ne sont pas restées dans le passé. Grâce à une planification à long terme et à la participation du public, la CCN continue de bâtir une capitale qui reflète les valeurs et les aspirations de la population canadienne.
Voici deux des grandes idées qui ont contribué à transformer la capitale.
Des parcs partout!
À la fin du 19e siècle, l’idée d’aménager des parcs publics n’était pas très répandue à Ottawa. Le travail qu’a d’abord accompli la Commission d’embellissement au cours de ses vingt premières années d’existence a toutefois changé les choses.
En 1925, elle s’occupait déjà d’un réseau grandissant de parcs et de promenades. C’était le début de l’aménagement des espaces verts dont nous profitons de nos jours dans la capitale.
La vision de Frederick Todd : une ville de parcs et de promenades
Quatre ans après sa création, la Commission d’embellissement a fait appel à Frederick Todd, un pionnier de l’architecture paysagère, pour l’aider à repenser la capitale. Son plan d’embellissement de 1903, connu sous le nom de rapport Todd, envisageait une ville sertie de grands parcs naturels reliés par des promenades panoramiques.
Dans ce rapport, M. Todd proposait :
- l’aménagement d’un parcours d’honneur reliant Rideau Hall à la colline du Parlement;
- la protection d’un vaste parc naturel à proximité de la capitale;
- l’apport d’améliorations au nord de la rivière des Outaouais, à Gatineau.
Ses idées ont jeté les bases de décennies de planification. Les visions subséquentes qui allaient façonner la ville s’appuyaient toutes sur le travail de M. Todd, notamment celles d’Edward H. Bennett (1915), de Noulan Cauchon (1922) et de Jacques Gréber (1950).

Des débuts audacieux
L’un des premiers projets de la Commission d’embellissement a été de nettoyer les berges du canal Rideau. En 1899, elle a entrepris la création de la promenade du canal Rideau (maintenant la promenade de la Reine-Elizabeth), une route panoramique bordée de lieux publics magnifiques qui mène à la colline du Parlement. M. Todd a applaudi ce travail et même recommandé de le compléter avec des ajouts, en créant le parc du ruisseau Patterson, par exemple.
Actuellement, nous tenons pour acquis que cette promenade panoramique était une excellente idée. Au début du 20e siècle, cependant, transformer des zones industrielles négligées en lieux publics accueillants était une idée visionnaire.
Des espaces verts à laisser en héritage
La plupart des parcs dont nous profitons aujourd’hui comptent parmi les premiers projets de la Commission d’embellissement. La ville s’agrandissant, elle en a transféré plusieurs à l’administration municipale afin de pouvoir se concentrer sur des projets fédéraux de grande envergure.
Dans certains parcs urbains, la touche de la Commission d’embellissement est toujours visible; par exemple, grâce aux lampadaires distinctifs au globe de verre blanc datant de 1916. On trouve ces luminaires anciens le long du canal Rideau, également, et dans ces parcs :
- Macdonald Gardens;
- Dundonald;
- Strathcona.
La fin des rails
Au début du 20e siècle, le centre-ville d’Ottawa était sillonné de voies ferrées. Ces voies et leurs gares de triage divisaient les quartiers et occasionnaient de la congestion. Elles étaient considérées comme un fléau industriel. Ce n’était pas vraiment l’image d’une capitale nationale.
Si les usines symbolisaient la prospérité économique pour certaines personnes, de nombreux urbanistes estimaient qu’elles gâchaient la beauté potentielle de nos berges.
Une longue attente
L’idée de déplacer les voies ferrées circulait depuis des décennies, notamment depuis le rapport Holt (1914) et le plan Cauchon (1922). Mais ce changement se faisait attendre, car la Commission d’embellissement n’avait ni l’autorité ni les ressources nécessaires pour passer à l’action.

Poursuivre l’embellissement de la capitale était une préoccupation pour l’ancien premier ministre, William Lyon Mackenzie King. Il a donc fait appel à un urbaniste français célèbre, Jacques Gréber, pour repenser Ottawa. S’appuyant sur les idées de MM. Holt et Cauchon, M. Gréber recommandait dans son plan (1950) le déplacement des voies ferrées et la conversion des terrains riverains en promenades panoramiques.
Pourtant, ce n’est qu’en 1958, avec l’adoption de la Loi sur la capitale nationale et la création de la Commission de la capitale nationale, que les projets d’embellissement de la capitale ont enfin bénéficié des pouvoirs, des fonds et de la capacité nécessaires pour se concrétiser.
Moins de rails, plus de place
Éloigner du centre-ville d’Ottawa et des berges les voies ferrées et les usines a permis de créer plus de lieux publics. Certains éléments d’infrastructure routière parmi les plus connus et les plus pittoresques de la capitale, y compris des sentiers et des promenades, passent aujourd’hui là où roulaient autrefois des trains.
Ce changement a dégagé les lieux tout en redonnant à Ottawa la jouissance de ses cours d’eau, jetant ainsi les bases d’une capitale plus verte et plus accueillante. Les projets récents, comme ceux de la pointe Kìwekì, de la plage Westboro et de la Maison riveraine de la CCN, s’appuient d’ailleurs sur ce legs passé.
La transformation d’Ottawa, la « laide », en une capitale magnifique et verte ne s’est pas opérée du jour au lendemain. Elle est le résultat d’une vision à long terme et de décennies de planification réfléchie, bien souvent fondées sur le travail des générations précédentes.
Ce legs se perpétue de nos jours. La CCN continue de façonner la capitale pour relever les nouveaux défis qui se présentent, qu’il s’agisse de durabilité, de résilience climatique ou de création de lieux publics inclusifs et accessibles.
Et ce travail n’est pas terminé. Tout comme les idées audacieuses ont façonné la capitale d’hier, les plans d’aujourd’hui sont élaborés avec la participation du public. Pour être au fait des dernières nouvelles et pour contribuer à écrire le prochain chapitre de notre capitale, inscrivez-vous à notre infolettre sur les activités mobilisatrices.