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Joëlle Tourangeau

Adjointe aux Communications, Communications stratégiques

Des gens circulent en patin sur la patinoire du canal Rideau.

Ottawa compte parmi les capitales les plus froides du monde, et nous essayons de profiter pleinement de nos longs hivers. Chaque année, des centaines de milliers de personnes se lancent sur la plus grande patinoire du monde : la patinoire du canal Rideau.

Au fil des ans, les connaissances de la CCN sur la science de la glace se sont accrues. L’innovation a permis à nos experts de rester à la fine pointe dans le domaine de l’entretien de la glace. Mais à mesure que les hivers deviennent plus chauds et plus humides, les saisons de patinage raccourcissent et la qualité de la glace diminue. En 2022, la CCN s’est associée à l’Université Carleton pour se pencher sur les effets des changements climatiques sur la patinoire. Cette collaboration vise à perpétuer une tradition vieille de plusieurs décennies.

Shawn Kenny, professeur de génie civil à l’Université Carleton, est l’un des responsables dans le cadre de ce projet de quatre ans. Il travaille avec l’équipe de la patinoire pour étudier les effets des changements climatiques. Je l’ai rencontré pour parler de la science qui est à la base de notre étude sur les changements climatiques.

Des canons à neige aux sondes thermiques, de nombreuses solutions sont à l’étude. Poursuivez votre lecture pour en savoir plus.

Des tonnes de données!

Installation d'une sonde dans la glace de la patinoire du Canal Rideau.

Q : Quelles sont les principales étapes de ce projet de quatre ans?

R : Au cours des deux premières années, nous recueillerons des données pour améliorer notre base de connaissances. À l’aide de sondes thermiques, de drones et d’outils de détection à distance, nous examinerons les conditions météorologiques locales, l’épaisseur de la glace et la couverture neigeuse le long de la patinoire.

Durant les deuxième et troisième années, à mesure que nous recueillerons davantage de données, nous élaborerons des modèles permettant de faire des projections ou de prédire ce qui se passera ensuite. Nous explorerons également des solutions pour atténuer les effets des changements climatiques sur la patinoire et renforcer la résilience de la glace.

Au cours de la quatrième année et par la suite, nous évaluerons les solutions retenues au cours des deuxième et troisième années et recommanderons celles que la CCN devrait mettre en œuvre au fil du temps. L’objectif à long terme est d’aider la CCN à prendre des décisions éclairées sur la façon d’adapter ses activités.

La patinoire du canal Rideau à la hauteur du pont de la rue Bank.

La patinoire mise à l’épreuve

Q : Quels sont les défis propres à la patinoire?

R : D’un point de vue technique, la patinoire et les routes de glace sont très similaires. La principale différence réside dans l’emplacement. La patinoire est située dans une zone urbaine, alors que la plupart des routes de glace se trouvent dans des régions éloignées.

La patinoire est donc soumise à des contraintes urbaines : le ruissellement des eaux de surface, la présence de sel, la chaleur des canalisations souterraines, etc. La variation de la profondeur du canal représente un autre défi. Elle influence l’équilibre thermique et énergétique entre la ligne de boue et la couverture de glace.

Q : Quelles sont les sections de la patinoire qui posent le plus problème?

R : La CCN a répertorié les sections qui peuvent être problématiques en raison des facteurs de stress urbains que nous venons de mentionner. Ces sections comprennent celles qui vont de l’avenue Laurier au Centre national des Arts et de la rue Concord à l’Université d’Ottawa.

Des sections plus larges du canal, comme à la hauteur de la rue Concord et près de l’avenue Holmwood, posent également un problème, car ce sont des zones plus larges qui supportent beaucoup de neige. Ce phénomène entraîne une déviation de la glace et peut permettre à l’eau de s’infiltrer vers le haut par des fissures. Cette situation peut diminuer la résistance générale de la couverture de glace.

À chaque problème sa solution

Des gens circulent en patin sur la patinoire du canal Rideau.

Q : Avez-vous déjà des solutions en tête?

R : Nous sommes encore en train de formuler des idées, mais nous avons bon espoir en trois solutions : les canons à neige fondante, les thermosiphons et une gestion accrue de la neige.

Mesures utiles en début de saison

Les canons à neige fondante seraient utiles pour favoriser la formation de glace en début de saison. L’idée est de projeter de la neige fondue sur la glace pour la rendre plus épaisse, plus rapidement. Les pompes qui utilisent des liquides et des solides existent déjà dans d’autres industries, mais le défi sera de fabriquer une pompe qui fonctionne à une température d’environ zéro degré. Dès que les équipes pourront se rendre sur la glace en toute sécurité, les opérations courantes de mise en eau devraient reprendre, car elles sont plus efficaces.

Thermosiphons

Une autre technologie qui pourrait offrir de grandes chances de succès est celle utilisée dans l’Arctique, appelée thermosiphons. En termes simples, un thermosiphon est un système d’échange thermique passif. Cette technologie permet à l’air froid de pénétrer sous les fondations d’une structure (comme un bâtiment ou un remblai routier) et de redistribuer la chaleur dans l’air, au-dessus de la surface. Si cette technologie était utilisée pour la patinoire, elle favoriserait la formation de glace en refroidissant l’eau sous la glace.

Gestion accrue de la neige

Nous devons également trouver un moyen efficace d’enlever la neige lorsque les véhicules ne peuvent pas accéder à la patinoire. Lorsque la neige s’accumule, elle forme une couverture isolante sur la glace et détériore la surface. Pour geler, la glace doit être exposée à un maximum d’air. La neige doit être déplacée, compactée, fondue et inondée d’eau.

Le déneigement est un processus qui consomme beaucoup d’énergie. Pour chaque centimètre de neige tombée, l’équipe de la CCN retire près de 125 000 kg de neige de la patinoire. C’est environ le poids de :

  • 740 000 rondelles de hockey;
  • 25 000 pelletées de neige;
  • 280 ours polaires;
  • 21 « Frosters » (la surfaceuse géante utilisée pour l’entretien de la patinoire).

La patinoire du canal Rideau est entre de bonnes mains. Les membres de l’équipe de la patinoire de la CCN, ainsi que des étudiants en génie civil et leurs professeurs, travaillent main dans la main pour trouver des solutions novatrices aux effets du réchauffement climatique sur la glace. Nous sommes impatients de voir ce que l’avenir réserve à cette destination emblématique.

Souhaitez-vous en apprendre davantage sur les mesures prises par la CCN pour s’adapter aux changements climatiques? Consultez les autres initiatives du projet d’adaptation aux changements climatiques de la CCN.