Benjamin Hiard

Agent de programme, activités de plein air

Le mercredi 11 décembre 2019, 9 h 00

L’hiver est arrivé, et plusieurs usagers veulent en savoir plus sur l’entretien des sentiers d’hiver dans le parc de la Gatineau. Je me suis donc entretenu avec le contremaître des services récréatifs Demsis attitré à cette tâche. Ayant appris les rouages du métier aux côtés du précédent contremaître très expérimenté, il nous a fait part de sa passion pour le damage des sentiers.

Le rôle de l’équipe d’entretien

L’équipe d’entretien dispose d’une expertise indispensable au succès des activités récréatives hivernales dans le parc. L’entretien de sentiers d’hiver est un travail exigeant, mais c’est un privilège de procurer tant de bonheur aux détenteurs de laissez-passer.

Les opérateurs de dameuse travaillent généralement durant la nuit et tôt le matin. Lorsque les températures sont idéales pour le damage, les travaux demandent de 6 à 8 heures par opérateur, alors que quand les conditions sont moins bonnes, chaque opérateur peut y consacrer de 10 à 12 heures. Chaque entretien de l’ensemble du réseau en saison prend en moyenne 60 heures d’ouvrage cumulées.

La patrouille des sentiers de ski de fond

Les décisions prises par l’équipe d’entretien des sentiers influent sur tous les autres services offerts dans le parc :

  • la patrouille des sentiers;
  • l’entretien des 15 stationnements;
  • l’entretien des 11 relais et des prêts-à-camper;
  • la vente de billets;
  • le service à la clientèle (hébergement, laissez-passer);
  • l’émondage, la signalisation et l’entretien des haltes équipées d’un foyer.


Le damage des sentiers : un art

Même si elle possède près de 70 années d’expérience cumulées, l’équipe d’entretien est soumise aux conditions météorologiques. L’instinct, le savoir-faire et l’expérience de ses membres lui permettent de tenir compte de nombreux facteurs qui régissent l’art du damage et qui guident la prise de décisions à cet égard.

Les dameuses

Ces facteurs comprennent entre autres :

  • l’évolution des conditions météorologiques;
  • la variation des conditions météorologiques selon les secteurs du parc, et l’incidence de celle-ci sur le réseau de sentiers;
  • la détermination du bon moment pour effectuer les travaux et ainsi offrir des conditions optimales;
  • la période de la saison;
  • l’expérience des skieurs.

Intervenir au bon moment pour s’adapter aux caprices de mère Nature

L’équipe d’entretien préfère bien sûr travailler lorsque les conditions sont optimales pour le damage, c’est-à-dire :

  • quand la neige est fraîche, car elle est plus malléable et légère; la neige humide et mouillée est plus lourde, et la neige sèche et poudreuse a tendance à s’envoler.
  • quand la température se situe entre -1 °C et -15 °C, afin de ne pas endommager la base ou nuire à la qualité de la neige en surface.

Toutefois, les conditions ne sont pas toujours favorables, alors il faut s’adapter. Par exemple, il arrive souvent que l’équipe d’entretien doive intervenir même s’il n’y a aucune chute de neige. D’autres fois, notamment lorsqu’il pleut, elle doit reporter d’une nuit ses opérations afin d’offrir de meilleures conditions le surlendemain.

L’équipe doit aussi s’adapter aux grands écarts de températures enregistrés entre le jour et la nuit. En début de saison, la température peut descendre à -20 °C et transformer en glace la mince base des sentiers. L’art d’intervenir au bon moment prend ici tout son sens.

C’est d’ailleurs pour préserver la base qu’on demande parfois aux skieurs de ne pas emprunter les sentiers. Aussi, on comprend mieux pourquoi il est important de se tenir sur le sentier désigné pour son activité dès les premières neiges. Par exemple, les traces de marcheurs sur les sentiers de ski rendent la surface inégale et contribuent au durcissement de la base.

Évolution des travaux au fil de la saison

Les promenades étant asphaltées et sans obstacle naturel, la neige s’y accumule rapidement, donc c’est à cet endroit que commencent les travaux en début de saison. Sur les autres sentiers, le couvert de neige doit être plus important pour permettre la réalisation des travaux. Chaque nouvelle chute de neige devient ainsi un trésor à préserver. Dès que la quantité de neige le permet, les sentiers les plus larges menant au cœur du réseau sont priorisés (p. ex. les sentiers 1 et 50).

le « velours côtelé »

Dans certains cas, le travail préparatoire de compactage répété, effectué au moyen de motoneiges, prend plusieurs semaines. Il est important de bien recouvrir les trous, dépressions, fossés et roches, qui représentent de réels dangers pour les skieurs. Il faut aussi s’assurer que la neige n’est pas mélangée aux feuilles et aux débris, afin de la maintenir bien ferme et empêcher son dégel trop rapide en fin de saison. Par la suite, ce sont les dameuses qui effectuent les travaux suivants :

  • élargissement des sentiers;
  • traçage pleine largeur;
  • dépôt de neige le long des sentiers pour l’utiliser lorsque les conditions se dégradent.

Lorsque les sentiers recommandés sont en nombre suffisamment pour offrir plusieurs points de départ dans les différents secteurs, la saison est lancée.

Sentier de ski de fond

En milieu de saison, quand les températures oscillent autour de -15 °C, la surface demeure ferme. L’adhérence est alors excellente, le « velours côtelé », soit la surface lignée tracée dans la section centrale pour le pas de patin, est parfait, et les pistes de pas classique, bien marquées.

En fin de saison, même si les températures demeurent sous zéro, l’allongement des journées et l’intensification des rayons du soleil font fondre la neige en surface et, par conséquent, la base. L’eau pénètre alors dans la base, ce qui favorise la formation de glace sur les sections ensoleillées des sentiers. Ce cycle s’accélère lorsque la température monte rapidement ou que le sentier se trouve dans un secteur venteux.

Dorénavant, si vous croisez des membres de l’équipe d’entretien du parc, n’hésitez pas à les saluer. Leur priorité est de vous offrir la meilleure glisse possible. 

Bon ski!