Isabelle Beaudoin-Roy

Biologiste

Le mercredi 23 octobre 2019, 9 h 00

Le nombre d’heures d’ensoleillement diminue, la fraîcheur fait son entrée, l’automne est arrivé! C’est une saison froide aux couleurs chaleureuses qui évoque l’Halloween! La chauve-souris est le mammifère vedette de ces festivités. Cette créature de nuit joue un rôle très important dans les écosystèmes. Les espèces présentes au Québec sont insectivores. Elles mangent donc beaucoup d’insectes, dont certains sont nuisibles à l’agriculture et aux forêts. Leur protection nous tient à cœur. Nous y portons une attention particulière, car certaines de ces espèces sont en péril.

Le syndrome du museau blanc : un problème qui grossit

Frédérick Lelièvre, MFFP

Le parc de la Gatineau héberge huit espèces de chauves-souris, dont trois sont particulièrement touchées par le syndrome du museau blanc, une infection causée par un champignon. Cette maladie se propage chez plusieurs espèces de chauves-souris dans le nord-est de l’Amérique du Nord depuis 2006. Ce champignon se retrouve dans les milieux humides et froids, ce qui affecte les espèces qui hibernent dans des cavernes. On observe l’apparition de taches blanches sur le museau et les ailes des chauves-souris atteintes. Le champignon cause des démangeaisons. Les chauves-souris se réveillent donc fréquemment, elles s’épuisent et meurent avant la fin de l’hiver. Il est très important de les protéger, car des diminutions de populations pouvant atteindre 95 % ont été observées.

Étude de trois espèces de chauves-souris en péril

En 2017, les biologistes de la CCN ont obtenu une subvention du Fonds interministériel pour le rétablissement d’espèces en péril d’Environnement et Changement climatique Canada, pour commencer des études sur trois espèces protégées par la loi :

  • la pipistrelle de l’Est : elle mesure environ 8 cm, et la coloration tricolore de ses poils, qui sont gris à la base, jaunâtres au milieu et bruns foncés à l’extrémité, est caractéristique;

  • la chauve-souris nordique : elle mesure environ 8 cm et a de très grandes oreilles;

  • la petite chauve-souris brune : elle mesure environ 9 cm et ressemble beaucoup à la chauve-souris nordique, mais ses oreilles sont plus petites.

Notre objectif est de bien connaître la répartition de ces espèces en voie de disparition, pour pouvoir assurer leur protection au parc de la Gatineau et sur les terrains urbains de la CCN au Québec.

Inventaire acoustique dans différents habitats

Au cours des étés 2017 et 2018, des étudiants biologistes de la CCN ont effectué des inventaires acoustiques de chauves-souris. Ils ont utilisé le détecteur Anabat, qui capte les ultrasons que les chauves-souris émettent en vol pour s’orienter et chasser. Les signaux enregistrés à l’aide de ce dispositif ont ensuite été analysés par des experts, afin d’identifier les espèces fréquentant les secteurs d’étude.
(Photo du détecteur)

La cueillette d’information s’est faite ainsi :

  • enregistrement mobile, en véhicule : une soirée par semaine, de la mi-juin à la fin juillet, pour établir la répartition des espèces le long des promenades et du chemin Eardley-Masham.
  • enregistrement fixe, à une vingtaine de stations : pendant une semaine à chaque station, pour y repérer les espèces en péril et bien connaître leur répartition dans différents habitats du parc de la Gatineau. 

Inventaire visuel et acoustique des gîtes

Entre juin et août, les femelles des espèces que nous étudions fréquentent des gîtes de maternité, où elles se regroupent pour donner naissance à leurs petits et les élever. Une femelle a normalement un ou deux chauves-souriceaux par année. Les chauves-souris quittent la maternité vers la fin de l’été, quand les petits sont aptes à voler seuls. À l’hiver, certaines espèces de chauves-souris, dont la petite chauve-souris brune, la chauve-souris nordique et la pipistrelle de l’Est, hibernent dans des grottes et autres cavités.

Nous avons donc aussi cherché des gîtes pour les chauves-souris, en 2017 et 2018, à l’aide d’inventaires visuels et acoustiques. Les principaux gîtes inventoriés potentiellement habités étaient des bâtiments hors d’usage et des arbres morts. L’observation des maternités est importante. Elle permet de prendre les mesures requises pour ne pas nuire aux chauves-souris si des travaux sont requis.

D’ailleurs, un des volets du projet était l’installation de différents modèles de dortoirs à un site d’étude. C’est grâce à une collaboration entre la CCN, Environnement et Changement climatique Canada, l’Université McGill et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec que ce projet a vu le jour (ou plutôt la nuit!). Le but était de déterminer quel modèle de dortoir était le mieux adapté aux chauves-souris; par exemple si sa température était optimale, c’est-à-dire de 28 à 30 degrés Celsius. Si un modèle donne de meilleurs résultats, il sera retenu dans le cadre de projets incluant l’installation de dortoirs.

Résultats

Ce projet a permis d’enregistrer 5 383 cris de chauves-souris, qui ont été analysés par les experts du Groupe Chiroptères du Québec. Précisons qu’il ne s’agit pas du nombre total d’individus, puisque plusieurs enregistrements à un même site peuvent provenir d’une même chauve-souris. Environ 6 % de ces cris proviennent des chauves-souris en péril que nous étudions, qui ont été détectées à plusieurs endroits différents. La majeure partie des cris enregistrés provenaient d’espèces qui ne sont pas en péril : de grandes chauves-souris brunes et de chauves-souris argentées. Les autres espèces détectées sont la chauve-souris rousse et la chauve-souris cendrée. La chauve-souris pygmée de l’Est était probablement présente aussi, mais elle est difficile à détecter.

Le travail d’inventaire se poursuivra probablement aux quatre ans. La cible sera les principaux lieux d’intérêt repérés, pour les chauves-souris en péril, en 2017-2018. Le parc est un refuge idéal, mais c’est grâce à nos partenariats si nous pouvons unir nos forces afin de protéger les chauves-souris. Nos données sont utiles pour le suivi des populations de chauves-souris à l’échelle provinciale. Elles pourraient également servir pour d’autres projets de recherche sur ces dernières.

Vous pouvez aussi aider les chauves-souris

Si vous connaissez un endroit fréquenté par des chauves-souris, n’hésitez pas à :

  • remplir le formulaire prévu à cette fin, sur le site Chauves-souris aux abris : chauve-souris.ca;
  • signaler votre observation à naturalist.ca;
  • nous aviser, si l’emplacement se trouve sur un terrain de la CCN : info@ncc-ccn.ca.

Pour en savoir plus sur les différentes façons d’aider les chauves-souris, consultez le site de la Fédération canadienne de la faune : cwf-fcf.org/fr/explorer/chauves-souris/?src=site-map

Abonnez-vous à un ou plusieurs de nos bulletins