Les bienfaits de la nature sur la santé physique et mentale ne sont plus à démontrer. Les arbres et les espaces verts peuvent avoir une incidence importante sur le bien-être humain, notamment dans les zones urbaines.

Si chaque personne peut bénéficier du contact avec la nature, toutes n’ont pas accès à un espace vert près de chez elles. En tant que responsable de nombreux parcs et espaces naturels de la région, la CCN a un important rôle à jouer dans l’accès à la nature.

La séance du Labo d’urbanisme du 26 novembre prochain portera sur le rôle de l’urbanisme en matière d’équité sociale dans une perspective environnementale.

Pour approfondir le thème, nous avons demandé à deux spécialistes de la CCN de parler d’aménagement, d’accès à la nature et d’équité sociale et d’expliquer comment ces concepts sont mis en œuvre à la CCN.

L’aménagement des espaces verts, par Garry Meus

Garry Meus portrait

Garry Meus est architecte paysagiste principal à la CCN. Fort d’une riche expérience académique et professionnelle en architecture de paysage et en urbanisme, Garry a mis à profit son savoir dans les secteurs public, privé et à but non lucratif. Il est entré au service de la CCN en janvier 2019, après plus de 17 ans de carrière aux États-Unis. Au quotidien, sa vision de l’équité environnementale contribue à faire avancer de nouveaux projets.

« L’équité environnementale est un concept selon lequel l’environnement est un bien commun auquel les êtres humains devraient avoir droit, de façon égale. En d’autres termes, c’est de faire en sorte que des espaces extérieurs soient accessibles et que tous puissent profiter de ces espaces. »

La région de la capitale du Canada est dotée d’une quantité impressionnante de parcs, de sentiers et d’espaces naturels. Selon Garry, ce lien étroit entre l’urbain et la nature doit être priorisé dans les plans d’aménagement. Le design devrait être fondé sur ces espaces plutôt que de tenter d’intégrer la nature après coup.

« Je crois que c’est d’abord le rôle des villes et des organisations comme la CCN d’informer les citoyens sur l’accès aux espaces verts et de les sensibiliser à leur importance. C’est ensuite la responsabilité des citoyens de communiquer leurs besoins et leurs attentes concernant l’utilisation de ces espaces. »


La CCN joue un rôle majeur dans l’aménagement de la capitale. Elle occupe une position privilégiée pour mettre en œuvre les principes de l’équité environnementale dans ses projets d’aménagement. Elle organise d’ailleurs des activités de consultation publique toute l’année, ce qui lui permet de prendre de meilleures décisions et de s’assurer que la capitale reflète l’ensemble de la population canadienne.

« Le projet de la pointe Nepean est un bel exemple d’aménagement visant à rendre l’espace, et en particulier la berge, accessible à tous. Tout comme l’idée de créer des parcs riverains reliés par un réseau de sentiers polyvalents, ces plans changent l’expérience de l’usager et sa vision de l’espace. Tout est interrelié, et l’aménagement du paysage met en évidence cette relation. »

La pointe Nepean est en cours de réaménagement, et ce projet s’inscrit dans une série de mesures visant à favoriser le contact des citoyens avec les cours d’eau qui traversent la capitale. Parmi les autres moyens pris par la CCN pour accroître l’accès public aux berges au cours des prochaines années, mentionnons les plans des parcs riverains de la berge sud et de la berge nord, de même que le projet de réaménagement de la plage Westboro et du débarcadère Richmond.

Rapprocher les communautés de la nature, par Emily Rideout

Emily Rideout portrait

Emily Rideout est agente de programmes de développement durable à la CCN. Elle a travaillé sur des questions touchant les changements climatiques et la justice sociale, tant sur la scène nationale que sur la scène internationale. Diplômée en science de l’environnement et en développement durable, Emily croit que l’humain et l’environnement sont intimement liés et que l’un a nécessairement une incidence sur l’autre. Son expérience lui permet d’aborder les projets de manière holistique.

« Si nous faisons une intervention environnementale sans tenir compte de ses effets sur les gens, nous risquons de nuire à des communautés ou de manquer une occasion d’apporter des améliorations là où elles seraient le plus nécessaires. »

En environnement, le principe d’équité sociale est fondé sur la distribution des ressources en fonction des besoins des communautés ou des individus. Selon Emily, les communautés n’ont pas toutes les mêmes besoins, car ceux-ci sont façonnés par l’identité et les expériences des individus qui les composent. Chaque communauté est unique, et cette unicité est au cœur du concept d’équité, bien différent de celui d’égalité.

« Alors que l’égalité signifie traiter tout le monde de la même façon, l’équité signifie comprendre que chaque communauté a ses propres défis en matière d’accès à la nature et adapter ses actions en tenant compte de ces différences de sorte que tout le monde puisse profiter de la même grande accessibilité. »

Une étude réalisée en 2019 a permis de cartographier et de mesurer l’étendue du couvert forestier de la région de la capitale du Canada. L’étude et les données de Statistique Canada démontrent que le couvert forestier n’est pas réparti également dans la région. Il semble que les mieux nantis aient un meilleur accès au couvert forestier dans la région de la capitale du Canada.

Ainsi, les gens vivant dans des secteurs moins boisés ne bénéficient pas autant des bienfaits écosystémiques que procurent les arbres, et cette réalité peut avoir un effet négatif sur leur santé physique et mentale.

Cette dernière notion est au cœur du plus récent projet d’Emily, Improving the Built Environment for Human Health: A Socioeconomic Mapping Exercise (Améliorer les effets de l’environnement bâti sur la santé humaine : exercice de cartographie socioéconomique). Ce projet a permis de cartographier les communautés les plus vulnérables de la région, soit celles où le statut socioéconomique des résidants est plus faible. Pour l’étude, le statut socioéconomique a été établi à partir des facteurs suivants : revenu, taux d’emploi, niveau de scolarité, composition du ménage et type d’habitation. Jumelée à celle sur le couvert forestier, cette étude permet à la CCN de déterminer les secteurs qui bénéficieraient le plus d’un accès accru à la nature. Cet accès peut prendre la forme d’aménagements sur place, notamment par la plantation d’arbres, ou de meilleurs liens menant aux espaces verts éloignés.

« Nous avons maintenant les outils nécessaires pour agir concrètement aux endroits qui en ont le plus besoin. J’espère que ces études nous aideront, en tant qu’organisation, à mieux orienter nos projets et à prioriser les aménagements qui favorisent l’accès à la nature des communautés vulnérables recensées. »

La CCN a déjà mis en branle certains projets afin d’améliorer l’accès à la nature des communautés moins nanties, comme l’application des principes d’accès universel à l’ensemble des projets, la réfection et l’entretien du Sentier de la capitale, la gestion et la plantation d’arbres en zones urbaines, les navettes gratuites pendant le Coloris automnal, les laissez-passer d’hiver disponibles en bibliothèques et plus.

Terminons avec cette citation d’Emily qui démontre à quel point l’équité sociale rejoint le but de son projet, mais aussi le rôle de la CCN de façon plus large.

« Le traitement des espaces verts et des biens de la CCN, comme le réseau de sentiers, et l’accès à ceux-ci doivent être justes et équitables pour tout le monde. La CCN doit s’efforcer de cerner et d’éliminer les obstacles au plein accès de certains groupes, en particulier les communautés vulnérables. »

Pour aller plus loin

Nous profitons tous de l’environnement, que ce soit pour aller marcher sur l’heure du dîner ou faire une balade à vélo avec les enfants le samedi matin. La richesse de notre région repose sur nos espaces verts et ceux-ci améliorent notre qualité de vie au quotidien. Si nous voulons voir ces espaces grandir et évoluer en accord avec les besoins et les valeurs de notre société, il est de notre devoir de s’informer et de participer à la discussion sur les questions d’aménagement et d’accès aux espaces verts.

La prochaine séance du Labo d’urbanisme s’avère ainsi un excellent point de départ pour explorer celle de l’équité environnementale et comprendre la situation de la région de la capitale du Canada à cet égard.

C’est donc un rendez-vous le 26 novembre prochain!